Aujourd'hui, Miss Pettigrew, fille de pasteur, va accompagner Delysia, starlette aux mœurs légères : nous assistons à la rencontre de deux actrices dans un film sautillant.
Miss Pettigrew n'est vraiment pas douée pour garder les enfants. Alors, lassée de la voir les perdre dans le parc ou les laisser faire le salut nazi pour narguer leurs voisins, l'agence interim qui l'embauche la congédie. Mais
Miss Pettigrew, Guinevere de son prénom, n'a pas d'endroit où dormir, ni de vêtements, ni d'argent d'ailleurs. Alors elle décide de s'introduire chez la charmante – quoiqu'un peu volage – Delysia Lafosse, jeune future actrice prête à tout pour pouvoir percer, en pleine valse entre divers prétendants : l'amour d'enfance, le riche propriétaire d'un cabaret, le jeune producteur de comédie musicale. Lequel triomphera ? Delysia Lafosse aura-t-elle enfin son grand rôle ? Joe Blumfield, grand créateur de sous-vêtements, parviendra-t-il à quitter son infidèle fiancée, l'implacable Edythe ? Et
Miss Pettigrew, grand imposteur dans le monde des imposteurs, saura-t-elle cacher la vérité à tous, le temps d'une journée au moins ?
C'est cette valse de personnages et d'intrigues secondaires que
Miss Pettigrew essaye de suivre, dans un rythme dynamique, effréné même, qui ne se pose jamais. Nous nous retrouvons dans une reconstitution virevoltante de la toute fin des années 30, pleine de musique jazzy. L'approche délurée et le personnage de Delysia Lafosse, entre « prête à tout » et « femme-enfant », a même des Tendances
Moulin Rouge ! (sans bien sûr le talent de
Baz Luhrmann) des plus agréables. L'histoire, un vrai vaudeville, sait nous intéresser et nous nous prenons de sympathie pour tous ces personnages facétieux mais très seuls qui partent en quête de l'amour sans trop y croire.
Mais le scénario a été écrit par l'un des scénaristes de Slumdog Millionnaire, et a malheureusement les mêmes défauts : après un très bon début, nous nous retrouvons avec un milieu correct ou du moins sans surprise, et une fin sans finesse voire maladroite avec une scène d'applaudissements tout sauf délicate. Mais l'approche de cette journée (parce que, rappelons-le, l'intrigue s'étend en gros sur une journée et demi) joue sur les points forts du théâtre filmé et de la comédie de mœurs, et manie les codes avec brio : évidemment, tout est prévu à l'avance, mais si nous jouons le jeu
Miss Pettigrew devient bien savoureux.
Et surtout, le film est une belle rencontre de deux actrices dans un registre comique – ce qu'on ne voit pas souvent, ces affrontements de talent se faisant généralement dans un niveau plus dramatique. On ne remettait déjà pas en doute leur force respective, mais c'est encore confirmé ici, et
Amy Adams et
Frances McDormand forment un duo dynamique en se complétant parfaitement. Elles sont entourées d'acteurs solides, comme Shirley Hendersen,
Ciaran Hinds et
Lee Pace, qui permettent au film d'avoir de la substance malgré le ton volontairement léger.
Miss Pettigrew a d'excellents acteurs, un bon rythme, un univers agréable, une ambiance pétillante. On regrette que le film ne réussisse pas à maintenir la force de ses premières images et tombe dans la facilité en milieu de parcours, mais l'ensemble laisse une bonne impression.