Tonnerre sous les tropiques, ou la comédie qui rue dans les brancards du strass et des paillettes du star-system américain. Attention ça tourne (en dérision).
Que l'on adore ou l'on déteste le clown
Ben Stiller, vedette à la filmographie très inégale, il est à parier que sa dernière réalisation puisse faire pencher la balance des plus réfractaires du côté des adulateurs, Tonnerre sous les tropiques étant une irrésistible comédie pouvant contenter n'importe quel spectateur pour peu qu'il aime les démolissages de l'industrie hollywoodienne dans les règles de l'art du pastiche affilé et du quolibet farci à la nitroglycérine.
Après s'être moqué du quotient intellectuel des top–models avec l'inabouti
Zoolander, le réalisateur/co-scénariste/producteur/acteur (stagiaire café … ah non) a décidé semble-t-il de régler ses comptes avec la Mecque du cinoche ricain (quels comptes d'ailleurs on ne sait pas, la star trônant à chaque fois aux cimes du box-office outre-Atlantique depuis presque une dizaine d'années) en narrant le périple – forcément caustique – de divas de l'écran (le sauveur du monde musclé bêta, l'acteur de composition repoussant le concept de la « Méthode » dans ses ultimes retranchements, le comique pétomane, le rappeur …) emmenés dans la jungle du
Triangle d'or pour un stage de survie destiné à faciliter le bon déroulement du mastodonte tournage d'un film de guerre, parasité par leurs égos surdimensionnés. Leur égocentrisme, lorsqu'ils seront attaqués par une bande trafiquants croyant avoir à faire à de vrais soldats américains, leur feront penser que tout cela fait partie du script.
Ce pitch loufoque, auquel il fallait penser, démarre sur les chapeaux de roues. Une fois l'action de destruction ouverte par de fausses bandes-annonces dévastatrices, suivies par le filmage d'une séquence de ce « plus grand film de guerre de tous les temps » dont le
Platoon d'
Oliver Stone ne se remettra probablement jamais, il nous faudra penser à prendre le temps de respirer entre deux gags tirés à la sulfateuse crachant ses munitions sur absolument tout ce qui bouge : vedettes capricieuses, metteurs en scènes étrangers incompétents, producteurs mégalomanes, impresarios fumistes … tous en prennent pour leurs grades, et ceci n'est que la partie émergée de cet iceberg dégelant les zygomatiques. Gros budget oblige, la charge de Tonnerre sous les tropiques a ses limites et ne va pas trop loin dans l'irrévérence (hormis un langage graveleux et corsé, étonnant pour un film de studio) et dans le démantèlement des personnalités hautes en couleurs, idéaux, fondamentaux, fausses apparences et autres travers fleurissant dans le secteur du showbiz.
Un brin dommage mais en définitive peu importe si la claque ne se contente d'être une tape fratricide (Stiller n'allait pas quand même griller sa position, il ne faut pas rêver), Tonnerre sous les tropiques touche sa cible presque à chaque coup alors qu'il a tendance à canarder dans tous les sens. Le résultat d'une écriture qu'on devine très travaillée même si, à l'habitude du comique, une poignée de sketches sont étirés jusqu'à la fissuration. Et puis de toute façon quel bonheur de voir toute une palette de noms connus (
Stiller,
Jack Black,
Steve Coogan,
Matthew McConaughey en grande forme à côté d'un
Nick Nolte en vétéran estropié, d'un
Robert Downey Jr. afro et d'un
Tom Cruise merveilleusement cabotin) se vouer gaiement à la cause de ce grand foutoir complètement jubilatoire. Preuve que les requins d'Hollywood peuvent encore rire d'eux-mêmes. Alors pourquoi ne pas faire pareil ? L’humour de Ben Stiller n’est jamais aussi bon que quand ce dernier se met à mordiller la main qui le nourrit. Drôle de guerre !