L’exorcisme d’Emily Rose est inspiré d’un fait réel survenu à une jeune fille de 19 ans. Un cas qui reste aujourd’hui encore un mystère.
Bien sûr, à la vue du titre de ce film, on ne peut s’empêcher de penser tout de suite à
L’exorciste tant ce dernier est imprégné dans la culture cinématographique de chacun. Mais il faut chasser de suite toute idée de comparaison avec le film de William Friedkin puisque le traitement est radicalement différent. Le film suit le procès du père Moore, jugé pour le meurtre d’Emily Rose, morte peu après une tentative d’exorcisme sur sa personne. C’est alors qu’elle rentrait au Lycée qu’Emily a été prise de ce que certains décriront comme de la possession, tandis que d’autres jugeront que ce n’est qu’une forme aiguë d’une maladie combinant psychose et épilepsie. C’est ce que les deux avocats vont tour à tour essayer de démontrer au cours de ce procès où les croyances d’Erin Brummer, l’avocate de la défense, vont sérieusement être mise en doute.
Arrêtons-nous sur la première demi-heure du film, là où
Scott Derrickson, qui signe là son deuxième film après
Hellraiser 5, fait preuve d’une certaine minutie dans sa mise en scène faite de cadrages subtils et de séquences de tension bien maîtrisées. En effet, il faut expliquer le mécanisme du film qui prend principalement pour trame de fond le procès et qui fait intervenir des scènes impliquant Emily Rose au compte-gouttes par des flash-back pour souligner les déclarations des différents témoins. Dans la première partie du film donc, là où Emily ressent les prémices des terribles événements qui vont suivre, le réalisateur adopte un rythme posé, nous dévoilant les différents enjeux de l’histoire, et réussit à instaurer une certaine angoisse en nous mettant à la place de cette Emily dans des scènes où chaque battement de porte peut se révéler être la présence insidieuse de quelque chose de terrifiant. Sur ce point là donc, lors des scènes de doutes et de suspicions, la mise en scène est suffisamment efficace pour nous tenir en haleine.
Malheureusement, la sauce ne prend que pendant la première moitié du film car après ce sont la désillusion et l’ennui qui prennent le pas. En effet, relater une histoire vraie aussi tragique pour tenter de mieux la comprendre est louable, mais elle est traitée avec une telle naïveté et un manque évident de rythme qu’il est difficile de ne pas être agacé. La seconde partie est entachée de longs tunnels de dialogues où chaque camp essaye de faire valoir sa version en nous ressassant à peu près toujours les mêmes arguments. Le film traîne en longueur et les flash-back sont beaucoup moins inspirés qu’au début, si bien que lorsqu’on arrive à l’exorcisme proprement dit, la déception et l’agacement sont à leur comble lorsque le réalisateur choisit d’appuyer plus que de raison les effets sonores et trimballe sa caméra dans tous les sens pour essayer de pallier au manque de puissance de la scène. C’est dommage car on sent que
Jennifer Carpenter s’est vraiment impliquée dans son rôle, réalisant elle-même tout ce qu’on voit à l’écran : les contorsions et les cris effrayants (sauf ceux de la scène de l’exorcisme). Les autres acteurs sont enfermés dans des stéréotypes. Ainsi,
Laura Linney écope de l’avocate qui va se mettre à croire, après avoir été témoin de signes assez douteux, et
Tom Wilkinson ne peut rien faire avec son rôle de prêtre archi-caricatural voulant tout assumer jusqu’au dénouement, assez abracadabrant d’ailleurs. Le film n’est finalement ni un vrai film d’épouvante, ni même un vrai drame avec ce qu’il faut de puissance émotionnelle, mais se perd en élucubration dont on a compris la portée au bout d’une demi-heure de film. L’histoire vraie de cette jeune fille est forcément troublante mais assez mal illustrée par un film qui donne dans la surenchère de dialogues pompeux et dans des scènes d’angoisse dopées aux effets sonores tonitruants.