Hallam Foe, véritable cas psychiatrique sur pattes, tente d'accepter la mort de sa mère en couchant avec le double de celle-ci.
Hallam a 17 ans ; bientôt, il devra aller à la fac. Mais en attendant, il passe ses vacances dans la grande maison familiale avec son père et sa belle-mère, qu'il rend responsable de la mort de sa mère à qui il voue maintenant une sorte de culte. Ne sachant pas comment gérer le manque, il se retire dans une cabane et observe sa famille de loin, à la jumelle, passe-temps qu'il adoptera aussi à Edimbourg où il se focalisera sur une jeune femme qui ressemble fortement à la disparue.
L'histoire nous prépare à un joli cas pratique de psychiatrie, et c'est bien ce qu'est My Name is Hallam Foe, rien qu'avec le titre déjà : en version originale, simplement le nom du héros, comme pour les cas psychiatriques. Hallam Foe passe tout le film à courir après sa mère ou après son image, refusant d'accepter sa mort. L'admettre sera difficile, douloureux : il faut dire que le jeune Hallam n'a clairement pas résolu son complexe d'Œdipe, au point d'aller coucher avec le sosie de la disparue. Le personnage, pour s'en sortir, doit aller au bout de ses délires, de ses pulsions, et ce n'est que lorsqu'il aura touché le fond – au sens propre comme au figuré – qu'il prendra conscience de la situation, qu'il pourra évoluer. Le scénario, plusieurs fois maladroit et puisant souvent dans des poncifs faciles, tente de dépeindre cette lutte contre lui-même, cette recherche de repères là où il ne faut pas, tout en traitant de l'errance adolescence comme c'est la mode ces derniers temps. C'est vrai que c'est dur de passer à l'âge adulte, encore plus quand, comme Hallam, on est franchement dérangé.
On cumule donc les signes de déséquilibre mental, qu'on résout magiquement dans les dernières minutes, ce qui souligne la trop grande fragilité d'un scénario qui touche à des sujets délicats de façon parfois osée sans pourtant aller jusqu'au bout, sans accepter la gravité voire le drame de son propos. Globalement l'histoire n'est pas vraiment crédible, le film enchaîne quelques invraisemblances, oscille entre morceaux impressionnants et banalités, moments faussement émouvants et scènes abouties. Il manque alors curieusement de force malgré les situations et les sentiments souvent extrêmes. Ne vous fiez pas à l'affiche : on n'est pas devant une comédie romantique, même loufoque. C'est bien un drame qui nous est montré ici, celui vécu par un adolescent qui ne sait pas comment grandir.
My name is Hallam Foe est finalement sauvé par son casting très solide : on peut dire que
Jamie Bell, après s'être fait discret, revient en tête d'affiche et porte le film sur ses épaules, le traversant en peintures de guerre, guetteur silencieux, primitif coiffé d'une peau de bête. On retrouve aussi
Sophia Myles, qu'on suivait de loin depuis quelques années et qui prend ici l'occasion de s'affirmer, entre manque de repères et recherche de soutien.
Ciaran Hinds est royal en patriarche perdu,
Claire Forlani en belle-mère blessée à la personnalité double. Autour du héros perturbé, les personnages, abimés, ne parviennent pas vraiment à s'en sortir et tournent en rond avec leurs propres démons et leurs souffrances, toutes exprimées par des acteurs impeccables. Le voyage initiatique et la résolution du complexe d’Œdipe est difficile pour Hallam Foe ; pour le spectateur, cela donne un film pas toujours adroit mais torturé et très bien joué.