Dans Victoria : les jeunes années d'une reine, Jean-Marc Vallée nous présente l'entrée dans l'âge adulte de Victoria, et oublie au passage qu'elle est reine.
Victoria est née en 1819 ; à 18 ans, elle est montée sur le trône. Entre-temps, à 16 précisément, elle rencontre Albert. Une rencontre qui ne donnera quelque chose de concret que quelques années plus tard, et qui marqua certes la vie de la reine mais ne changea pas la face du monde. Pourtant, au lieu de se concentrer sur l'instauration d'un règne qui a transformé l'Angleterre,
Victoria : les jeunes années d'une reine s'intéresse à sa rencontre avec Albert, jeune prince allemand, son cousin : on nous montre rapidement son enfance, puis tout se concentre sur la dernière année avant son sacre et sur les premières années du règne jusqu'à la naissance de sa fille Victoria. Et plus précisément, sur sa relation avec Albert : les deux jeunes gens se préparent, chacun de leur côté, « coachés » par leur entourage. De toute façon, si vous voulez voir le résumé du film, regardez la bande-annonce : tout (mais vraiment : tout) y est.
On peut reconnaître une certaine aisance de la part du réalisateur (
Jean-Marc Vallée, qui nous a livré l'excellent
C.R.A.Z.Y.) à jouer sur les regards, les positions, les forces en présence dans une pièce : il parvient très bien à représenter en quelques plans les influences, ambitions personnelles, poussées à droite et à gauche, vents contraires qui entourent la jeune reine : cela permet d'asseoir solidement toute la première partie du film. Malheureusement, à force de se concentrer sur l'histoire d'amour, ces manipulations passent au second plan et on finit par contourner tout le côté politique : on apprend par exemple le futur échec électoral de Lord Melbourne sans savoir ce qui aurait pu le motiver ni quel est l'enjeu ; quant aux révoltes, n'en parlons même pas. On voit cependant la fameuse « crise de la chambre à coucher » et une scène à la Chambre des Lords, mais les éléments politiques s'arrêtent là. Et l'indépendance de la jeune reine se voit attribuée à une vague phrase d'Albert au dessus d'un jeu d'échec (voyez la métaphore facile) : l'Histoire, romancée, finit par être rythmée par les lettres envoyées entre les deux amants.

Nous restent alors les avantages de ce genre de films : la reconstitution historique, qui passe par les décors, les costumes et la musique ; cette dernière est extrêmement présente, au point que chaque pas d'un personnage doive être accompagné de quelques traits de violon, et l'overdose nous guette au bout de la troisième pièce de Strauss. Nous avons tout de même les traditionnelles promenades dans différents parcs en robe, et quelques scènes de danse et de repas : voilà la Cour esquissée, et, combinée au talent acceptable des acteurs principaux, c'est cela qui fait finalement passer la dose de mièvrerie et la déception de voir, au fur et à mesure, s'effacer les forces du début devant l'avancée d'une histoire d'amour peu intéressante. Dommage : on avait bien accroché.
Après un bon début, Victoria oublie rapidement qu'on parle – c'est dit dans le titre – d'une reine pour se concentrer sur la naissance d'une histoire d'amour. Le dernier quart, complètement dans la romance, prend des allures de téléfilm de l'après-midi.