Oh miroir mon beau miroir, dis nous quel réalisateur français mène le plus intelligemment sa barque de l’autre côté de l’Atlantique : Alexandre Aja ? Normal.
Avec ses deux précédents survivals,
Alexandre Aja s’est forgé une réputation de réalisateur de genre « rentre dans le lard » intelligent, irrévérencieux et politiquement incorrect. Ceux qui espéraient de
Mirrors, son quatrième long-métrage, une prolongation de
Haute Tension et
La Colline à des yeux, risquent d’être potentiellement déçus. Aja explore ici pour la première fois un autre terrain de l’horreur : le surnaturel.
Ancien flic tourmenté, séparé de sa femme, Ben Carson se fait engager comme veilleur de nuit dans un luxueux magasin abandonné depuis qu’un incendie criminel l’a ravagé. Tout a été détruit par les flammes… tout, sauf de grands miroirs qui n’ont absolument rien d’anodin : Carson va très vite découvrir qu’ils sont la cause de phénomènes étranges et inquiétants. Il devra se ressaisir pour percer à jour le secret se dissimulant derrière les reflets afin de sauver sa famille de la malédiction dont il est la nouvelle victime…
Mirrors est le second film américain du frenchie et son deuxième remake, celui de la bande coréenne
Into the Mirror de
Jung-woo Ha, qu’
Alexandre Aja - avec son partenaire
Gregory Levasseur - a complètement revu de haut en bas. Contrairement à
La Colline a des yeux où le duo avait conservé les trois quarts de l’histoire originelle (consolidant ses points faibles et exploitant ses trous scénaristiques), cette nouvelle version ne retient que l’idée des glaces maléfiques pour développer une trame extirpant jouant bien sûr sur les croyances liées aux matières réflectrices dont l’omniprésence dans notre société est un constat propice à une angoisse sourde continue, savamment développé tout le long. Mais
Mirrors est surtout l’occasion pour
Aja de prolonger son exploration de la famille en crise.
Alors que dans son précédent opus celle-ci éclatait pour de bon sous l’attaque des cannibales, l’élément fantastique perturbateur de
Mirrors en est le déclencheur réunificateur. Complètement paumé au début, le héros (
Kiefer Sutherland dans l’un de ses rôles les plus touchants) retrouve l’amour des siens au fur et à mesure qu’il reprend en main sa vie par le biais de l’enquête le menant à découvrir la vérité. Un concept inversé (comme le reflet d’un miroir ?) qui ne satisfera pas tous les amateurs du réalisateur car aboutissant sur une intrigue beaucoup plus sage que celles auxquelles il nous avait habituée par le passé. Les raisons d’un tel assagissement pourraient provenir du fait que durant la production
Alexandre Aja s’apprêtait à devenir papa (son fils est précipitamment né durant le tournage), un événement qui ne peux laisser indifférent et qui se répercute forcément dans la filmographie d’un jeune cinéaste. On se souvient encore de l’effet que cela a produit sur la carrière de
Tim Burton et sur son mal aimé
Charlie et la chocolaterie, conspué par les fans.
Certes
Mirrors est une œuvre des plus classique (mais ses travaux antérieurs ne l’étaient-ils pas ?), ce qui ne l’empêche pas d’être classieuse, parcourue par quelques fulgurances gores (le décollement de la mâchoire d’
Amy Smart, inoubliablement atroce) et dotée d’un faux happy end, nous rappelant qu’on est bien devant la copie de celui qui a littéralement atomisé le film culte de
Wes Craven et non celle aseptisée d’un vulgaire « Ring-like » occidental orchestré par un grand studio américain avide de recyclage facile et rentable. C’est déjà un gage de qualité et la victoire de l’artisan sur l’immense manufacture hollywoodienne toute puissante. Même s’il signe une œuvre inférieure à sa version de La Colline à des yeux, Alexandre Aja prouve sa confortable installation dans l’arène du cinéma américain, avec cet (anti) remake plein d’éclats miroitants.