Whiteout nous emmène en Antarctique avec Kate Beckinsale. Entre deux coups de piolets, attention à ne pas geler d'ennui.
Whiteout avait, au départ, de quoi séduire. Des origines papier de qualité (le film est l'adaptation du comic book de
Rucka et
Lieber), des acteurs (re)connus, un pitch qui laissait la place à un peu de suspens avec une enquête policière honorable. Le lieu de l'histoire, l'Antarctique, offrait des possibilités indéniables de qualité visuelle et de thriller psychologique. Au lieu de cela… Au lieu de cela, nous nous retrouvons avec un pseudo-policier qui n'a de sauvable que les premières minutes – une scène dans un avion Russe, une trahison, un accident… cliché, certes, mais au moins confortable. Après, ce n'est que valse de personnages transparents, actions inabouties, flashs back en image sépia et brouillard givrant.
Au milieu de tout cela, il y a
Kate Beckinsale, et
Dominic Sena le sait : il insiste longuement, dès le début du film, sur le physique de la demoiselle (longs travellings quand elle se déshabille, musique années 90 quand elle prend sa douche, … ), sans doute pour accrocher le public masculin (qui a intérêt à en profiter, parce que les doudounes, après, c'est pas sexy), et c'est justement à partir de ce moment qu'on se sait fichu : ah oui, c'est le réalisateur de
60 secondes chrono aux commandes. Et le pire, c'est que
Beckinsale rattrape sans doute le film toute seule – ou du moins, évite de le laisser sombrer dans l'abysse de l'irregardable. Pas parce qu'on la voit en culotte, mais parce qu'elle arrive à rendre son personnage réel – et admettons-le, une femme Marshall avec un traumatisme passé, en Antarctique au milieu de scientifiques, cachée sous un tas de parkas et de moufles, … le personnage partait avec un sérieux désavantage.
Oui, parce que dans une tentative maladroite d'étoffer le personnage principal – qui est plutôt fragile, le scénario nous afflige de flashs back louches et malvenus, qui créent un faux suspens (mais que s'est-il bien passé ? Euh, on s'en moque) et le soufflé se dégonfle bien vite quand on apprend tout le bazar, qui n'a pas d'intérêt et ne sert vraiment que de faire-valoir. De plus, les deux points forts de l'histoire centrale, et donc du film, sont en fait deux courses-poursuites presque identiques, au piolet dans le blizzard…Oh mon dieu, une corde ! Dépêche toi, change ton mousqueton ! (on remarquera d'ailleurs que le tueur est bien plus doué en manipulations techniques). La musique faussement angoissante n'y fait pas grand-chose : on s'ennuie et, désintéressé de l'action, on attend simplement que ça se passe, on regarde passivement deux personnages encapuchonnés lutter contre leurs moufles, entourés de points blancs. Ces silhouettes noires sur le fond blanc de la glace sont surexploitées pour faire des effets faussement esthétiques – et ne parlons même pas des contre-jours pour que tout se découpe encore mieux.

Reste l'enquête, direz-vous… Oui, c'est vrai, il y a des morts et un vague mystère. Mais même si le but de toute l'histoire n'est pas clair dès le début, l'identité du grand méchant, en revanche, ne fait aucun doute bien avant d'arriver à la moitié du film. Par contre l'héroïne, qui a dû avoir le cerveau aussi gelé que ses doigts (c'est ce qui arrive quand on sort à -40), ne comprend rien et attend la toute fin pour voir la lumière. C'est très long, pour le spectateur, 1h40 de blanc.
Kate Beckinsale sauve à peine le spectateur de l'« enfer blanc » dans lequel Dominic Sena semble décidé à enfoncer son film. Mais même pour l'actrice, le film ne vaut pas le coup.