La rencontre de deux chanteurs de rue se mêle et s’entrecroise avec deux autres histoires : celle du destin de deux sœurs jumelles, Clémentine et Anne (Mathilde Seigner) ainsi que la rencontre d’un gros bonnet de l’industrie de la pizza, Michaël Gorkini (Michel Leeb) et d’une comédienne, Sabine Duchemin (Arielle Dombasle).
Le courage d’aimer est donc le dernier film de
Claude Lelouch. Mais pas tout à fait non plus. Après l’échec cuisant de la première partie de sa trilogie
Le genre humain, c’est-à-dire
Les parisiens,
Lelouch a décidé de reprendre dans Le courage d’aimer, la moitié des plans de son film précédent. Bien que cela ait déjà été vu au cinéma, entre autres dans
L’amour en fuite de
François Truffaut (1979), ici, le réalisateur se contente de narrer la même histoire et ce durant près d’une heure. S’en suit un film éclair aux ellipses lourdes et redondantes, sorte de
Parisiens en accéléré, qui donne aux spectateurs un vilain goût de déjà-vu. Non seulement,
Lelouch ne risque pas de retrouver le succès auprès du grand public, mais en plus, il se fiche carrément de l’avis de ses derniers fans (dont je fais partie).
Bien sûr, lors de la seconde partie (assez courte du coup), on retrouve certains instants de magie que
Lelouch arrache à ses interprètes. On retiendra à ce propos la scène dans lequel il filme, en leur donnant des indications précises, le jeu de
Maïwenn Le Besco et de
Massimo Ranieri, fabuleuse mise en abyme dont, malheureusement, il use un peu trop à l’intérieur de son film. On le comprend bien vite, la confrontation entre acteurs, c’est cela qui intéresse le metteur en scène, qui, pointilleux de rendre à l’écran le charme de ses interprètes, s’y attarde peut-être trop, négligeant du même coup, la narration de son récit.
Certaines scènes tombent un peu comme un cheveu sur la soupe (la brève apparition de la voleuse jouée par
Cristiana Réali, la présence de
Line Renaud qui ne suscite aucun intérêt), d’autres sont montées dans un ordre tout à fait aléatoire. Ainsi, au début du récit, le personnage de
Michel Leeb se dit, en voyant un faux Christ porté sa croix sur les marches montmartroises, que ce serait une bonne idée de publicité pour vendre ses pizzas. La famille est donc réunie pour visionner la fameuse publicité, mais
Lelouch a dû oublier qu’entre-temps, plus de trois années s’étaient écoulées. De la même façon, on peut voir
Lelouch (dans son propre rôle) demander les droits d’auteur à la maison d’édition du livre de Shaa, le passage suivant nous montrant cette dernière, conseillée par son producteur d’écrire un livre, producteur qui, soit dit en passant, ne l’a pas laissé tombé malgré son flop retentissant trois ans plus tôt, ce qui confirme le spectateur dans son dérangeant sentiment de n’importe quoi. Les sentiments éprouvés par les protagonistes sont à peine effleurés comme par exemple l’amour que porte le patron du bar à l’une de ses serveuses, où bien encore la façon dont s’est construite la relation entre le personnage joué par
Arielle Dombasle et celui de
Pierre Arditi, lequel, malgré son grand potentiel de sympathie, a dû être la victime des ciseaux fous de sieur
Lelouch.
Reste néanmoins le plaisir d’un film qui, malgré ses nombreux défauts, demeure quoiqu’il arrive d’un romantisme, qui paraîtra échevelé pour certains, et désuet pour les autres. On pourra reprocher beaucoup à
Claude Lelouch mais son film porte malgré tout la capacité de toucher le spectateur droit au cœur, et ceci sans ambages, ni mélodrame. Le spectateur non cinéphile qui n’aura pas vu
Les parisiens prendra un plaisir certain à cette histoire, qui se révèle bouleversante dans ses plus grands moments. Au contraire, le cinéphile averti n’y verra seulement qu’un copier/coller mal fichu, dont la dernière demi-heure ne suffira pas à assécher sa soif d’images. Dans tous les cas, on a envie de crier à
Lelouch notre volonté d’enchantement face à sa prochaine oeuvre (une production américaine avec
Al Pacino semble-t-il) qui serait, cette fois, 100% nouvelle, tout en nous procurant le bonheur de
Itinéraire d’un enfant gâté. Malgré une excellente direction d’acteurs, Le courage d’aimer manque de cohésion et se partagera la critique entre ceux qui ont aimé Les parisiens et ceux qui ne l’ont pas vu. En tout cas, pour le cinéphile, c’est une déception insurmontable.