Jacob, directeur d’un orphelinat en Inde, retourne dans son Danemark natal pour être confronté en une semaine à tout ce qui peut survenir dans la vie d’un homme.
C’est dans la réalité indienne actuelle que le film pose ses bases. On y découvre un directeur d’orphelinat, qui nourrit, tant bien que mal, le plus d’enfants possible dans ces gigantesques cités indiennes, où le bruit et la pollution se mêlent désormais à la poussière et la pauvreté. « Quand on s’installe dans une rue pour en nourrir cinquante, en cinq minutes, il y en a cinq cents autres qui débarquent », mais celui qu’il ne pourrait pas laisser mourir de faim, c’est Promad, un orphelin de huit ans, qu’il a vu grandir, comme s’il était son père. Jacob -
Mads Mikkelsen – doit se rendre dans son Danemark natal pour y rencontrer Jorgen –
Rolf Lassgard, véritable star danoise – pour parvenir à un accord qui sauverait son orphelinat de la faillite. Ce riche industriel lui propose de participer au mariage de sa fille ; mariage pendant lequel la vie de Jacob bascule.
Et c’est ainsi que commence cet incroyable concours de circonstance, remarquablement mis en scène par
Susanne Bier, qui n’en est pas à son premier coup d’essai (voir
Open hearts). C’est ce coup du destin invraisemblable, mais qu’elle réussit pourtant à crédibiliser de manière très habile qui constitue la trame essentielle du scénario, et qui laisse entrevoir de nombreuses brèches dans lesquelles s’engouffre la réalisatrice, pour notre plus grand plaisir. Le scénario place Jacob face à son destin, les révélations se suivent et se ressentent par simple jeu de regard. Les regards se croisent, se détournent avec furtivité, se recroisent et c’est une relation qui apparaît aux yeux du spectateur, sans qu’il n’y ait besoin d’un mot de plus. On est dans le détail, le soupçon, et en même temps, sans en venir au calme obsédant de ses prédécesseurs scandinaves comme Bergman.
Les acteurs participent aussi à cette ambiance, fragilisée par une caméra qui capture, lorsqu’ils sont rattrapés par la réalité, chacun de leurs mouvements, pour en tirer du sens. Par exemple, lors du retour de Jacob en Inde en toute fin de film, c’est un unique mouvement de tête, le port d’une casquette qui permet de montrer toute sa détresse face à Promad, son « enfant de cœur ». La caméra est proche des acteurs, elle instaure une relation à trois : elle, et deux acteurs, et le spectateur baigne dans la délicatesse et la complexité des relations qui unit les personnages. Le brio de la réalisatrice réside dans le fait qu’elle ne tombe ni dans un voyeurisme pervers et malsain, où l’on se plairait à disséquer la souffrance des personnages, ni dans le mou d’un téléfilm dramatique, où les dialogues et les personnages deviendraient insipides. Au contraire, ils sont simples et honnêtes ; lorsqu’ils sont désabusés, ils restent bouche bées. Leurs silences renvoient les troubles qui les habitent.
After the wedding, c’est un tout coordonné allant dans un sens unique, celui de l’émotion.
« Tout s’emboîte » comme le souligne Jacob, dépassé par l‘improbabilité des évènements. La situation est en effet magnifiée par les analogies qui existent entre la vie d’Hélène, et de sa fille, entre la situation de Jacob, en Inde et au Danemark. Les personnages sont rattrapés par le passé, à tel point qu’il devient pour eux, difficile d’entrevoir un avenir. C’est cette question de choix, impossible à faire, de destin, de devoir à accomplir qui est inhérente au récit. Les personnages modernes sont à l’image de Jacob, tiraillés entre leurs promesses, leurs rêves idéologiques ; et leurs nouveaux devoirs qui accompagnent les bouleversements qui se produisent dans leur vie. Le film se retourne sur lui-même, pour finir la où il commence, et qui laisse pourtant espérer de si nombreuses perspectives... On est proche de la beauté et de la poésie d’Ingmar Bergman, On est proche de l’intensité émotionnelle de « Nos meilleures années » de Marco Tullio Giordana. After the Wedding est une bobine qui laissera couler de nombreuses larmes, préparez vos mouchoirs.