Le réalisateur de Romeo + Juliet vous invite à découvrir son pays. Et même si l'excursion n'est pas toujours à la hauteur de l'attente, elle vaut le coup d'œil.
En faisant abondamment référence à la version cinéma du
Magicien d'Oz de
Victor Fleming (avec excès même), le dernier film de Baz Lhurmann se revendique de manière très claire comme l'héritier des superproductions hollywoodiennes des années 30-40. Regarder
Australia fait resortir quasi instantanément les souvenirs d'œuvres comme
Lawrence d'Arabie,
African Queen, et surtout
Autant en emporte le vent. Ces films à grand spectacle flamboyants, romanesques, épiques, avec ses immenses espaces, ses sentiments dévoilés, ses relations d'amour passionnelles exacerbées par la puissance du cadre cinémascope, le destin hors du commun de personnages finalement rattrapés par l'Histoire.
Celle de la seconde guerre mondiale qui menace de frapper le nord de l'Australie, au moment où Lady
Sarah Ashley (
Nicole Kidman), bourgeoise anglaise, se rend dans le ranch de Faraway Dows pour rejoindre son mari tentant de vendre la propriété à l'impitoyable éleveur de bovin dominant presque totalement le marché de la région. Pour sauver sa ferme, Ashley décide de convoyer, avec l'aide du meilleur drover du pays (
Hugh Jackman), un troupeau à travers 1500km d'une contrée hostile jusqu'au port de la ville de Darwin.
Et qui d'autre que l'auteur du flamboyant
Moulin Rouge pouvait ainsi retrouver la verve de ces énormes classiques issus d'une époque où gros moyens ne rimait pas forcément avec limitation de la qualité. Tout y est ! Les décors sans fin et le contexte historique, le duo de vedettes d'abord antinomique (elle une bourgeoise guindée, lui un vacher solitaire bourru), puis la relation sentimentale qui se nouera au gré d'évènements allant leur faire découvrir leurs véritables natures, et des péripéties au milieu des magnifiques paysages sauvages de l'Australie, garantissant un dépaysement immédiat et total. Pour sûr, Baz Lhurmann connaît son répertoire sur le bout des doigts et c'est peut être là où le bât blesse sensiblement.
Attention, note aux détracteurs de l'univers du réalisateur : si vous n'avez pas aimé ses travaux précédents il serait pure folie de vous infliger pareil tourment car celui-ci n'a rien changé à son style visuel, éclatant et virevoltant (pompeux et tape à l'œil direz-vous), qui s'impose dès la séquence pré-générique. Seulement dans sa trilogie du
Rideau rouge,
Lhurmann redonnait une vivacité stimulante à des genres tombés en décrépitude. Avec
Australia, il se contente juste - à travers son œil - de faire revivre les grandes sagas hollywoodiennes avec enthousiasme, reprenant tous ses codes et figures, y compris les plus démodés (les rétroprojections des comédiens filmés en studio) et les plus frivoles (on est forcé de rire devant la douche « virile » de
Hugh Jackman et de son arrivée héroïque au bal de charité), mais avec beaucoup de second degré et cette légèreté qui émaillait certains chefs-d'œuvre de cette époque.
Or, toute cette aventure, cet humour, ces comédiens en complète alchimie ne seraient que l'épiderme d'une carcasse vide si
Australia ne comportait pas la peinture d'une nation - vite réduit à un amas de clichés – et surtout l'évocation rédempteur du sort infligé à la culture aborigène et à la « génération volée » (le retrait des enfants métisses de leur famille qui a duré jusque dans les seventies) prolongeant ainsi pleinement la reconnaissance des actes racistes des institutions blanches et les excuses publiques exprimées par le gouvernement australien cette année, rattrapant le bricolé happy-end final, imposé par l'indécrottable
20th Century Fox. On espère avoir l'occasion un jour de voir
Australia dans toute sa splendeur originelle, tel que ce génial de Baz Lhurmann l'avait imaginé.
Bien que cette version ne soit pas complètement celle de son géniteur, Australia demeure un beau et gros spectacle à l'ancienne, pourvoyeur d'un réel ravissement pour celui qui laisse ses appréhensions à l'entrée de la salle.