Andrew Niccol, scénariste et réalisateur reconnu depuis son premier film de science-fiction Bienvenue à Gattaca, revient dans un style plus réaliste avec Lord of war.
Loin des univers futuristes avec lesquels on l’avait découvert (
Bienvenue à Gattaca,
S1m0ne),
Andrew Niccol change de registre et explore le monde des trafiquants d’armes. Yuri Orlov s’adresse à nous et trace son portrait : homme banal sans vrai but dans la vie qui se découvre une passion pour les armes. Il commence le commerce illégal d’armes et embarque dans l’aventure son frère, Vitaly, cuisinier sans talent dans le restaurant familial. Si les précédents films d’
Andrew Niccol portaient des messages sur notre société, cette fois il n’est plus du tout implicite : s’opposer à la presque « libre circulation » des armes entre les pays, organisée par des trafiquants mais presque soutenue par les gouvernements qui peuvent ainsi influencer la politique mondiale. Le scénario nous fait voyager à travers le globe, montrant les méfaits de la corruption et du trafic en Afrique noire et en Europe de l’Est mais aussi les liens avec les pays occidentaux.
Niccol décide de voir le problème sous un angle original puisqu’il prend le point de vue d’un trafiquant tout à fait conscient de ce qu’il fait et qui raconte son parcours. Ce système rajoute deux intérêts au film. Tout d’abord, il permet d’humaniser le scénario en rajoutant des personnalités fondamentalement faibles, interprétées avec brio par
Nicolas Cage et
Jared Leto. De plus, cela permet de donner la parole à un pur antihéros ce qui donne toute sa saveur au film. Se basant sur des faits réels,
Andrew Niccol les traite de façon absolument cynique, proche de ce que pourrait faire un
Michael Moore, utilisant cela pour rendre son message plus fort. Yuri Orlov prend en charge totalement le film, sa voix-off étant tout aussi omniprésente que son image. On ne peut donc échapper à sa rhétorique séduisante, donnant des dialogues savoureux lorsqu’il rencontre quelqu’un à sa hauteur. Totalement amoral, il n’hésite pas à tourner en dérision les choses et donne une force comique à certains passages tout en restant le personnage le plus honnête du film.
Andrew Niccol suit la ligne de conduite de son antihéros dans sa façon de filmer, comme si son cynisme s’était emparé de la caméra. La réalisation décomplexée pose ouvertement une sorte de réponse à la rhétorique léchée de Yuri, tous deux agissants comme un contrepoint par rapport au message. Le plan séquence servant de générique de début est un excellent condensé du style du réalisateur. On y suit une balle, de sa fabrication à des scènes qui font sourire pour finir dans le crâne d’un jeune africain. En un plan séquence truffé d’effets spéciaux, on aime le style « classe » que donne une arme dans un film et l’on finit par être scotché d’effroi par l’effet d’une balle dans la réalité. Le film ainsi maîtrisé peut s’accorder toutes les incartades l’éloignant de l’intrigue.
Lord of war peut ainsi se transformer en pub pour des armes, en représentation d’un salon de trafiquants ou encore laisser place aux réflexions de son personnage principal. Le montage arrive à intégrer à merveille toutes ses digressions comiques, plus habituelles dans des documentaires de
Michael Moore que dans des fictions. Comprenant que son sujet a des réminiscences remontant à la Guerre Froide,
Andrew Niccol traite son film comme une fresque à travers une vingtaine d’années s’appuyant ainsi sur les standards musicaux américains de chaque époque. Ce format permet à la fois d’historiciser le message et de s’attacher à des personnages qu’on voit évoluer, montrant ainsi que
Lord of war reste un film avant tout, malgré sa portée documentaire. Cynique et drôle, parfois affreusement brutal, Lord of war passe un message fort d’une manière extrêmement efficace, tout en remplissant son rôle de divertissement.