Todd Field nous livre sa vision d’une Amérique perdue à travers divers destins qui vont se croiser. Sur le fond comme sur la forme, Little children est une réussite, et on apprécie le résultat.
En 2002,
Todd Field nous dévoilait son premier long-métrage
In the Bedroom. Aujourd’hui, le réalisateur revient pour nous proposer sa vision des banlieues américaines, mais surtout des relations qui unissent les êtres humains. Le film est emmené par une
Kate Winslet brillante, un
Patrick Wilson en forme et une
Jennifer Connelly sublime.
Little children nous emmène dans un quartier bourgeois d’une banlieue américaine typée. La vie de ses habitants est des plus plate et monotone, et
Todd Field nous invite à suivre quelques uns de ces personnages, qui enfreignent les lois morales pour se sentir exister. On suivra donc un obsédé sexuel diabolisé qui vit toujours chez sa vieille mère, un mari qui fantasme sur une femme virtuelle, une épouse en quête d’amour ou encore un père de famille en mal de reconnaissance. Tels sont les maux sociaux de cette Amérique déviante dépeints en 2 h20, temps que dure le film.
Todd Field s’amuse à tourner en dérision la vie banlieusarde américaine, mais loin des rires que peuvent provoquer certaines femmes aux foyers désespérées, ici, les mœurs virent au pathétique. Le réalisateur nous montre tout cela d’un œil amusé mais fait le constat atterrant de cette réalité urbaine.
Little children nous raconte l’histoire de plusieurs personnages perdus au milieu de leur vie terne et monotone. Chacun à leur manière, ils vont tenter d’échapper à ce destin qu’ils n’ont pas voulu, pour atteindre une force intérieure perdue au cours du temps. Il y en a qui vont s’aimer secrètement mais intensément, d’autres vont aimer égoïstement, d’autres encore maladroitement. Tous recherchent un réconfort, une épaule chaleureuse pour supporter sa propre existence, pour essayer de trouver sa voie et tout simplement pour se sentir vivre. Toujours dans le regret d’une vie qui n’est pas la leur, les personnages vont se découvrir peu à peu à travers certaines épreuves qui outre passent la morale, une façon de vivre dangereusement pour mieux cerner sa réalité. Teinté d’une auréole religieuse, on ne pourra s’empêcher de constater dans le film quelques valeurs morales chrétiennes pompeuses, surtout à la fin du film, qui, sans en dire trop, prône le pardon, la rédemption et l’amour de son prochain. Une fin, donc, pas du tout dans le ton général du film, et qui laisse un goût amer à la sortie de la salle. Mais dix petites minutes sur 2h20, ce n’est pas grand-chose pour le plaisir reçu dans ce laps de temps. Malgré cette fin, le film ne se veut pas moralisateur, mais plutôt un constat de la vie aujourd’hui dans les banlieues bourgeoises américaines. Finalement, c’est un moule dans lequel on n’y est pas forcément à l’aise, et dans lequel on ne s’y épanouit pas nécessairement.
Todd Field veut simplement nous dire de ne pas se résigner à subir le courant qui nous emporte mais plutôt à s’accrocher aux branches qui s’offrent à notre portée.
D’un point de vue scénaristique donc,
Little children nous emmène habilement dans l’univers de chacun des personnages, leur intimité, leurs faiblesses et leurs espoirs. Techniquement parlant, le film jouit d’une belle réalisation, avec des cadres et une mise en scène brillamment composés par un
Todd Field inspiré. On est face à des plans soignés, parfois empreint d’un lyrisme saisissant, et émotionnellement fort. Jouant avec les courbes et les lignes, Todd nous offre à la fois un spectacle charnel et sensuel, mais également dur et poignant. Créant des échos et des reflets entre les décors et les personnages, le réalisateur nous présente un univers concret et crédible, dans lequel le spectateur est réellement accompagné, si bien qu’on ne s’ennuie pas d’un bout à l’autre de la pellicule. La bande sonore est aussi adroitement composée, puisqu’elle fait directement miroir aux personnages, au rythme de leur vie, monotone et insipide, sans pour autant devenir lancinante. La musique, elle, ne brille pas vraiment par sa présence, et reste discrète, en arrière plan. Le montage du film est efficace puisqu’il nous fait passer d’une histoire à une autre avec une certaine fluidité, sans bouleverser notre compréhension, ni le rythme de narration. En ce qui concerne les dialogues, ils sont savoureux et nous permettent d’entrevoir les personnages avec une facilité étonnante, sans pour autant tomber dans des discours classiques et barbants. Des dialogues fins, intelligemment écrits, et très bien interprétés. En effet, les acteurs ont su apprivoiser leur personnage, et c’est avec sincérité qu’ils nous présentent ces êtres humains en mal d’existence. Avec sincérité, talent et adresse, Todd Field nous dévoile, non sans humour, des destins en perdition dans une Amérique balisée. Malgré une fin plus que discutable, Little children se savoure avec grand délice.