Déclinaison animée et difforme de Frankenstein, Igor mérite t-il de trôner aux côtés de parodies comme celles de Mel Brooks ?
Dans l'austère et sinistre pays de Malaria, scientifiques maléfiques et autres savants fous se disputent le titre du plus grand inventeur de la grande foire de la science annuelle. Chacun d'entre eux se voit affublé d'un assistant bossu plus communément appelé un
Igor. Tous répondent sans rechigner à la même et besogneuse fonction de « Oui, maître ». Tous, sauf un, dont la fibre créatrice lui chatouille l'excroissance dorsale. Alors quand son incapable d'« employeur » tire accidentellement sa révérence au cours d'un essai plutôt explosif, le jeune insoumis en profite pour tenter sa chance de briller devant le monde entier en donnant la vie à la créature la plus diabolique jamais vue. Seulement si le monstre s'anime, celui-ci (en fait elle) possède quelques défauts de conceptualisation dont un particulièrement gênant dans une compétition diabolique: elle est d'une infime gentillesse et ne ferait littéralement pas de mal à une mouche.
Nouveau concurrent dans le domaine de l'animation 3D,
Exodus Productions tire ses premières cartouches avec cette œuvre au pitch de départ prometteur mais vite démasqué dans sa fumisterie. Car en très peu de temps, on se rend compte avec regret que les munitions sont à blanc : rapidement, l'intrigue burlesque du film se tourne vers les conventions du métrage pour gosses, omettant que son concept situé entre l'univers gothique parodique de
Frankenstein Junior et
L'Etrange Noël de Mr Jack possédait indéniablement des prédispositions adultes. S'ensuit alors un plongeon dans les schémas scénaristiques les plus usés du genre (intervention de méchants envieux, apprentissage progressif de sentiments affectifs pour le héros qui finira par trouver la force de braver tous les obstacles sur sa route, jusqu'à sauver sa bien aimée et la ville et enfin obtenir sa place au sein de la société), afin d'écouler sa leçon de bonne morale pouvant se résumer à un « on choisit de faire ou ne pas faire le mal », baignée dans un discours sur le droit à la différence.
On y trouve également l'idée de refus de se laisser enfermer dans une case, message plutôt incongru pour une production s'enfermant de son propre chef dans un étroit carcan dans lequel elle ne brille pas vraiment par un quelconque souci d'innovation. Juste des clins d'œil aux œuvres fantastiques classiques de
Universal Pictures agrémentés par une judicieuse prise à 180° des figures de proue du
Frankenstein de
James Whale (le génie ramoli de la synapse, l'assistant entreprenant, le monstre gentil, le cerveau en bocal doté de deux neurones… et un lapin suicidaire immortel) restant malheureusement négligés et peu creusés, faisant du coup capoter le bon fonctionnement de la machine à rire. A l'identique de son monde à peine entrevu que l'animation basique peine à mettre en valeur son iconographie expressionniste. Autant dire que niveau qualité graphique,
Igor aurait du prendre le soin de resserrer quelques visses et donner un bonne grosse dose d'huile de coude s'il voulait se distinguer fièrement face à une rivalité de plus en plus poussée sur le marché qui est le sien.
L'idée d'Igor était séduisante mais l'ennui avec ce type d'invention est que les créateurs nous présentent le schéma technique comme si c'était le produit finalisé. Le jeune inventeur en herbes sera peut être dupé mais pas le vieux rat de laboratoire.