Pour son deuxième film, Samuel Benchetrit fait une galerie d'antihéros qui rêvent d'être riches.
Samuel Benchetrit n'est pas ce que l'on pourrait appeler un réalisateur prolifique : nous avons ici son deuxième film après
Janis et John en 2003 et un court-métrage en 2000.
J'ai toujours rêvé d'être un gangster est un film à la construction et à la forme étrange, hommage clair aux vieux films noirs : noir et blanc, image tremblotante, format ... Certains plans – suite de plans larges/gros plans étranges – font même clairement penser aux anciens westerns. Le film est composé de plusieurs chapitres et un épilogue, chaque chapitre prenant en fait des personnages à chaque fois différents qui ont tous un rapport plus ou moins lointain avec une cafeteria et sa serveuse, jouée par
Anna Mouglalis, qui a eu son travail deux jours plus tôt en voulant cambrioler son futur patron.
J'ai toujours rêvé d'être un gangster suit donc quatre histoires, exposées séparément mais qui peuvent, un instant, se croiser – normal quand tout se passe au même endroit. On a ainsi un cambrioleur qui n'a pas d'arme, des kidnappeurs qui ne veulent pas faire semblant de faire du mal à leur otage, deux chanteurs qui se piquent leurs chansons et cinq anciens voleurs qui décident de cambrioler le mcdo qui a remplacé leur banque préférée. Des antihéros dans la règle de l'art, donc. Les différents chapitres, à mi-chemin entre le court métrage et le sketch, sont inégaux (celui sur les chanteurs manque de forme) mais restent dans ce même ton tragi-comique à la limite de l'absurde qui porte le film. Les dialogues, intelligents, percutent bien et sont souvent drôles.
Ces histoires de petits voleurs pas méchants mais surtout pas très doués s'enchaînent, composant un portrait doux-dingue d'une bande de presque ratés qui, comme le dit le titre, se verraient bien en grands gangsters mais ne sont visiblement pas faits pour, et rencontrent avec un flegmatisme à toute épreuve des embuches qui les empêchent de parvenir à ce qu'ils veulent : arriver à avoir de l'argent de manière illégale. Le rythme est tranquille, parfois même contemplatif, et n'est pas sans une certaine retenue frisant le maniérisme, le style pour le style voire, reconnaissons-le, le nombrilisme. Mais on pardonne à
Samuel Benchetrit : son film, bien qu'alourdi par une tendance « fier de lui », est bien agréable. J’ai toujours rêvé d’être un gangster a des tendances « film français pseudo intello » mais est sauvé par une bonne humeur générale et de bons acteurs. Le résultat est plutôt drôle et de bon ton.