Alain Resnais et ses acteurs continuent d’épater leur monde avec Coeurs, l’adaptation d’une pièce de théâtre.
Il y a soixante ans, un jeune réalisateur du nom d’
Alain Resnais signait ses premiers films. Aujourd’hui, à 84 ans, le cinéaste continue d’explorer les possibilités du cinéma. Pour cette nouvelle adaptation d’une pièce d’
Alan Ayckbourn après le diptyque
Smoking No smoking en 1933, il semble vouloir montrer à tout le monde l’art et la manière de faire du « théâtre filmé » avec comme récompense le prix de la mise en scène à Venise. Pour
Coeurs, le réalisateur fait à nouveau appel à ses acteurs préférés.
André Dussollier joue un agent immobilier habitant chez sa sœur cadette, la nouvelle venue
Isabelle Carré. Il hésite à tenter quelque chose avec sa collègue bigote (
Sabine Azéma) et doit trouver l’appartement parfait pour un couple formé par
Lambert Wilson et
Laura Morante. Tout ce monde croise aussi
Lionel, barman joué par
Pierre Arditi et devant s’occuper de son père alité à qui
Claude Rich prête sa voix.
Lorsqu’il ne fait plus chanter ses personnages,
Alain Resnais fait jouer à ses acteurs une pièce de théâtre qui ne cache pas sa filiation avec l’art de la scène. Le scénario de
Jean-Michel Ribes, auteur et metteur en scène de théâtre, garde l’esprit des dialogues, savoureusement servis par des acteurs libérés. Le tout donne un ton assez jouissif, surtout pour
Claude Rich qui débite un taux d’insultes à la minute assez impressionnant. Chronique sur la sexualité et les sentiments refoulés, le scénario croise les destins de tous ses personnages en de multiples petites scènes. Aucune réelle intrigue ne se tisse.
Resnais s’attarde sur ses protagonistes, rendant crédible leur quête d’autres choses. On adhère tout particulièrement aux personnages de
Pierre Arditi et
André Dussollier, tous deux résignés à l’idée de changer de vie à cause de leur âge. On s’accroche à ses deux personnages puis progressivement aux autres, plus insaisissables, pour finir touché par chacun d’eux.
Pur film d’ambiance ne cachant pas son lien avec le théâtre, Cœurs est un défi pour
Alain Resnais. Comment pleinement réaliser une adaptation ? On assiste alors à une leçon de cinéma. Utilisant des plans longs assez posés, le réalisateur laisse parfois la place à de magnifiques élans lyriques. Il arrive à créer une ambiance mélancolique et onirique en peu de temps grâce à l’utilisation de raccords enneigés et à la musique. L’équipe de
Resnais apporte un soin extrême aux décors attribués à chaque personnage et à leurs éclairages. Le cinéaste de 84 ans semble prendre un plaisir immense à montrer que l’on peut mettre plus de cinéma et d’audace dans cette adaptation que dans la plupart des comédies françaises. Durant deux heures, il ne connaît pas de baisse de rythme malgré l’effet de succession de courtes séquences. Le réalisateur construit pierre par pierre un film atypique dans lequel on plonge avec plaisir. Une adaptation de pièce de théâtre touchante et jouissive sur le fond comme sur la forme.