Jet Li/
Jackie Chan,
deux acteurs de légendes réunis dans une production US qui a tout du rendez-vous manqué… et même pire.
Il est des films qui inscrivent leur nullité sur la longueur, piégeant leur audience ignorant si le spectacle tiendra ses promesses. Et puis il y a ceux qui annoncent la couleur dès leurs premières images, ne laissant aucun doute sur la qualité à venir.
Le Royaume interdit fait clairement partie de cette catégorie. Le générique n'ayant même pas fait son apparition que déjà le moins exigeant des amateurs de films de kung-fu ne peut être qu'horrifié par l'incroyable concentré de mauvais goût affleurant de cette production américaine surgelée, nappée d'une sauce chinoise synthétique.
Puis vient un défilé d'affiches des fleurons de la
Shaw Brother en signe d'allégeance à tout un héritage cinéphilique que
Le Royaume interdit n'aura de cesse de s'approprier de la pire façon qui soit, c'est à dire en le dénaturant complètement pour y incruster sa propre culture. Ainsi, afin que le public yankee ne soit pas trop dépaysé, le héros est un adolescent américain d'aujourd'hui (
Michael Angarano), véritable fana de Bruce Lee et tout le toutim, se retrouvant précipité dans une Chine médiévale où il sera chargé d'un mission importante : avec l'aide d'un ivrogne (
Jackie Chan) et un moine laconique (
Jet Li), il doit rapporter un bâton magique à son destinataire, le légendaire Roi-Singe, fait prisonnier depuis 500 ans par le Seigneur de la guerre (
Collin Chou ridicule), tyran immortel imposant sa loi sur tout le pays.
Tous les poncifs du cinéma de Hong Kong sont ici réunis sous l'improbable direction de
Rob Minkoff (
Le Roi lion,
Stuart Little !!!!) pour une infantilisation massive et agressive comme seul le cinoche américain sait la pratiquer depuis une vingtaine d'années. L'humour ne vole pas plus haut qu'un coup de pied retourné, les personnages secondaires sont désincarnés au possible, la moindre goutte de sang proscrite dans un univers de parc d'attraction aseptisé et étrangement anglophone à 98%.
En fait l'ensemble de ce royaume repose sur la réunion à l'écran des deux monstres sacrés que sont
Jackie Chan et
Jet Li. Un couplage inédit et maintes fois rêvé se révélant malheureusement davantage du cauchemar éveillé. Dévolue à l'arrière plan au profit d'un
Michael Angarano tout sauf porteur, l'interaction entre les deux stars ne suscite jamais le moindre intérêt, y compris dans leur unique confrontation martiale pas aidée par les chorégraphies de
Yuen Woo-ping devenues schématiques, par l'absence toujours plus grandissante de
Chan dans les scènes d'action (un enfant de 8 ans pourrait déceler les ¾ des plans dans lesquelles figure la doublure), encore moins par un
Jet Li qui, quand il ne fait pas le guignol en combattant homo-sapiens, est mentalement à cent lieues.
Que faire de plus avec une telle catastrophe sinon que d'implorer à genoux les étoiles du cinéma asiatique pour quelles arrêtent de cautionner l'uniformatisation et la mondialisation de leur culture, et d'aller ensuite se revoir fissa les œuvres de
Lau Kar Leung,
Chang Cheh,
Chu Yuan et consorts. Jackie Chan et Jet Li enfin réunis dans le pire scénario imaginable : un chinese Mc Do sur pellicule n’ayant ni la bonne allure ni le goût de l’affiche. Vrais amateurs de Kung-fu, ne vous risquez pas dans ce royaume qui devrait être interdit à tous.