L'époustouflant Benicio Del Toro fait revivre le Che dans une moitié de biopic imparfaite mais juste signée Steven Soderbergh.
Le diptyque de
Steven Soderbergh consacré au révolutionnaire argentin Enersto Che Guevara n'est pas la première œuvre cinématographique (et probablement pas la dernière) à tenter l'exercice de retranscrire la vie et le combat idéologique d'un homme ayant depuis longtemps outrepassé son statut de simple soldat au service du peuple, pour se transformer en un symbole immuable de la protestation et de la liberté à travers le monde entier. L'aura se dégageant encore de sa personne peut s'avérer un élément dénaturant pour qui décide de brosser un portrait fidèle de l'homme. Il y a quelques années, avec son
Carnets de voyage, le réalisateur
Walter Salles avait choisi de s'éloigner le plus possible du mythe en montrant un Che à l'aube de la maturité, lorsqu'il entreprit son tour d'Amérique du Sud qui allait fomenter la conscience politique de l'apprenti médecin. Le résultat fut on ne peut plus payant.
Pour ce premier cycle relatant l'intégralité de la révolution cubaine, de la rencontre décisive entre le futur « El commandante » et Fidel Castro jusqu'à la fuite du dictateur Batista, on ne peut pas vraiment en dire la même chose : cette partie laisse un léger mais tenable sentiment mitigé quant à la direction prise par le metteur en scène de
Traffic voulant peindre une toile avec les deux composantes structurant l'individu qui l'assemble (réalité/légende). Il est alors nullement surprenant de se retrouver le cul entre deux chaises devant les placements d'une caméra à mi-distance de son sujet, traduisant une certaine crainte (du moins c'est une façon de le voir) de trop approcher l'intériorité du personnage au détriment du symbolisme et inversement. L'archétype illustré du « trop ou pas assez ».
L'inaction sereine de la mise en scène, présentant peu de mouvements par rapport à l'action dépeinte, semble traduire une envie de ne pas entrer dans le camp du film de guerre spectaculaire tout en dépeignant de manière historiquement didactique et avec une indéniable maîtrise les étapes du conflit cubain. D'ailleurs, prendre deux heures et quart de narration dans l'unique but de raconter un seul épisode – crucial c'est indéniable - dans la riche et foisonnante existence du Che apparaît quelque peu superflu, de passagères longueurs se faisant sentir à différents moments du récit. Raisonnablement en dehors des normes mais il fallait bien ça pour rendre justice à un destin hors du commun surtout quand celui-ci a pour incarnation un acteur hypnotique tel que
Benicio Del Toro, intérieurement habité par l'esprit libertaire de son modèle. A lui seul il justifie pleinement le déplacement pour cette 1ère partie qui on espère devrait s'appréhender comme le solide ciment introductif d'une seconde moitié moins indécise dans sa démarche.
Entre glorification de l'emblème contestataire et introspection démythificatrice de la figure historique, Che – 1ère partie : L'Argentin ne possède pas toute la force emphatique qu'il pourrait susciter. Son but était peut-être autre.