Si vous pensiez que Sacha Baron Cohen allait s'assagir après Borat, vous allez être sacrément surpris. Attention les yeux !
Les effets cathartiques du cataclysme humoristique
Borat, leçons culturelles sur l'Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan n'auront pas eu le temps de s'essouffler que déjà son créateur
Sacha Baron Cohen remet le couvert avec une nouvelle farce explosive et complètement hors normes, répondant au nom guttural de
Brüno. Ce journaliste de mode autrichien homosexuel extravagant qui, après une bévue publique dans sa Vienne natale, choisit de s'envoler pour les Etats-Unis dans l'espoir de devenir une star internationale. Plus facile à dire qu'à faire quand on ne sait ni jouer la comédie ni chanter, et qu'on n'est pas en possession d'un quelconque talent artistique. Mais qu'importent les moyens d'y parvenir, seul compte la finalité de la quête pour notre étranger, outrancièrement décidé à se positionner comme la personnalité autrichienne la plus célèbre… après Hitler ! Adopter un bébé africain, tenter de résoudre le conflit israélo-palestinien, devenir hétérosexuel… rien, absolument rien n'arrêtera
Brüno dans sa folle course pour briller au firmament.
Pas plus que l'esclandre rieuse des spectateurs ne trouvera un instant d'accalmie respiratoire devant les facéties culottées du comédien qui continue d'opter pour le mode opératoire du moitié fiction – moitié documentaire (personnage fictif placé dans des situations réelles) afin de dévoiler le ridicule d'une nation, bien plus que le simple fait de capter les réactions irraisonnées de citoyens lambda ou notoriétés publiques déconcertées par le comportement politiquement incorrect de leur interlocuteur sous couverture. En 2006, le kazakh selon
Baron Cohen mettait en lumière le racisme, la phobie de l'extérieur continental, et les clichés nourris par l'ignorance et l'incompréhension du peuple américain envers les différences culturelles.
Aujourd'hui, notre fashion victime fait de même pour les pique-assiettes, les parasites et gentils bouffons pullulant à Hollywood, qui ont érigé leur renommée sur la seule base de la célébrité pour la célébrité. Le néant culturel au service du néant social.
Brüno se propose juste d'être le révélateur de cette superficialité et ce crétinisme ambiant, au fil de séquences « irréalistes » dans lesquelles deux conseillères spécialisées dans les organisations caritatives se montrent incapables de prononcer correctement le nom de Darfour (rebaptisé pour l'occasion le « Daffar »). Ou encore celle dans laquelle des parents sont prêts à accepter tout et n'importe quoi pour peu que leur marmaille décroche la place d'un casting. « Votre enfant de 2 ans pourrait perdre 4 kilos d'ici jeudi ?» « Oui, aucun problème » répond la mère. `
Et ce ne sont que deux exemples effarants parmi une multitude de témoignages de la bêtise et de l'intolérance chronique d'une société à la dérive. Enfermée dans toutes sortes de préjugés, spécialement à l'encontre de la communauté homosexuelle que
Brüno s'amuse à caricaturer au delà du raisonnable pour renvoyer un miroir grinçant de l'image véhiculée par les homophobes de ces « dégénérés ». On comprend d'autant mieux comment le mariage gay a pu être supprimé en
Californie. Ce qui rend
Brüno si bon et si essentiel dans le paysage de la comédie, c'est cette prédisposition qu'a
Sacha Baron Cohen d'utiliser l'humour, y compris le plus gras et le plus scatologique - et dans le genre le film ne s'en prive pas - au service premier d'une conscience de l'esprit.
Et même si contrairement à
Borat certains gags ont tendance à déraper vers une gratuité, l'audace et les énormes prises de risques de son auteur – qui font se demander parfois comment il peut être encore en vie tellement il pousse la tolérance de ses victimes dans leurs derniers retranchements – n'auront au final pas été vaines. Assurément, le trublion a trouvé un fond de commerce inépuisable (tant qu'il y aura une minorité de cons sur Terre et des gens pour rire de leurs actes il n'y pas de raisons que cela cesse). Et nous, on en redemande.
Moins définitif que Borat (l'effet de surprise à disparu), Brüno demeure tout de même une irrésistible farce mordante dans laquelle le mauvais goût, l'insolence et l'outrance sont les remparts contre la connerie humaine. Cette année la mode est à la déconne très « gay », ne passez pas à côté.