La transposition américaine réussie d'une mini-série britannique multi-récompensée.
Il est assez regrettable de voir le potentiel fictionnel européen s'expatrier inlassablement vers un Hollywood toujours en quête de talent et de nouveauté étrangère pour alimenter sa propre réputation mondiale. Dans le cas de
Jeux de Pouvoir, qu'est-ce qui empêchait l'Angleterre d'adapter elle-même l'excellente mini-série originelle de
Paul Abbott (
State of Play) pour le grand écran ? Aucun obstacle financier ou de logistique semblait apparent. Le poisson était là, il suffisait de le ferrer et de le préparer à la cuisson. Enfin, si le vieux continent n'est pas prêt à exploiter ses rares filons juteux, on peut être sûr que les Américains le feront pour lui sans se faire prier. Et puis quand les bénéficies de l'acquisition s'avèrent payants et de bon goût, prendre des airs de fine bouche chauvine serait légèrement déplacé. Surtout que ce n'est pas si fréquent.
Du passionnant thriller politique télévisuel façon
Les Hommes du président à la sauce BBC il demeure donc une adaptation filmique respectable, conservant le sens du suspense et la matière réflexive observés chez l'aîné. D'un côté de l'Atlantique comme de l'autre, le récit reste substantiellement le même. Celui de l'enquête du rédacteur d'un quotidien en plein rachat boursier, chargé de couvrir le meurtre d'un petit dealer vagabond. Un fait-divers en apparence anodin, finissant par se relier avec le suicide médiatique de la secrétaire et amante de son ami ministre, en charge de diriger une commission sur les activités d'une importante société privée d'armement et de sous-traitance militaire, sur le point de décrocher un gros contrat avec l'Etat. Les trois cent minutes initiales,
Jeux de pouvoir est naturellement obligé de les réduire à une durée plus succincte avec l'action de coupes franches inéluctables et de ramifications simplificatrices (les personnages cèdent un peu à la représentativité caricaturale), qui heureusement ne touchent jamais à la pertinence et à l'intelligibilité de sa fine exploration des connivences – moralement illégitimes ou non, intimes ou publiques - pouvant exister entre les différents pouvoirs en place dans notre société moderne aimant à brouiller les cartes du système.
Politiciens corruptibles et manipulables, journalistes en quête de gros titres et de tirages à grand nombre, entreprises adeptes du profit sauvage, hommes de main serviables œuvrant dans la discrétion et au milieu de tout ça, le spectateur, témoin anonyme d'une partie à l'aveugle du chat et de la souris où l'argent et la domination sont les enjeux primordiaux. Tout aussi bon soit-il, la performance de
Jeux de Pouvoir n'étonne pas car loin de traiter son sujet par-dessus la jambe, ses initiateurs se sont donnés les clés de la réussite : l'appui d'un scénariste chevronné dans la confection des scénarios retors (
Tony Gilroy l'auteur des
Jason Bourne et de
Michael Clayton), d'un réalisateur rompu à la mécanique du genre et à un style immersif, sobre et sans chichis (
Kevin Macdonald, responsable de
Le Dernier roi d'Ecosse) et d'un casting de comédiens triés sur le volet et capables de donner corps à des protagonistes parfois mis de côté (
Helen Mirren,
Robin Wright Penn), dont un
Russell Crowe en très grande forme.
Son passage de la télévision anglaise au grand écran US, State of Play l'effectue sans encombres majeures, offrant ainsi un thriller habilement confectionné et surtout réellement bien interprété.