Helen Hunt se lance dans la réalisation avec
Une Histoire de famille. Un film sympathique, mais qui raconte pour la énième fois le même conte de fées. On s'essouffle, on s'essouffle à Hollywood.
Une Histoire de famille est l'adaptation du livre d'
Elinor Lipman intitulé
She found me then, publié en 1990.
Helen Hunt nous confie avoir travaillé 5 ans sur la réécriture du scénario pour pouvoir faire de son film, une comédie drôle, originale mais ancrée dans une réalité pas toujours tordante. Elle semble avoir loupé le coche. April a été adoptée par une famille juive. Institutrice à New-York elle s'est mariée à Ben, un homme qui n'a pas finit de grandir dans sa tête.
Un an plus tard, il la quitte en plein « projet bébé » alors qu'elle a 39 ans. L'horloge biologique tourne. Sans rancune, puisque 9 heures après la rupture, elle fait la connaissance de Frank, le père d'un de ses élèves. Alors qu'elle tombe amoureuse de lui et envisage de faire sa vie avec, son ex refait surface. Comme si ça ne suffisait pas, sa mère adoptive décède et voilà qu'instantanément sa prétendue mère biologique Bernice, une célèbre et richissime animatrice télé fait son apparition et tente de rattraper le temps perdu. Oui, tout ça à la fois. Deux hommes, deux mères, comment va-t-elle faire ?
Pour répondre à la question, elle va faire comme dans toutes les comédies romantiques. Elle va s'en sortir et faire le bon choix. Trop facile. Pour une première réalisation,
Helen Hunt n'a pas pris trop de risques. On aurait presqu'envie d'être clément au regard de sa condition néophyte, mais lorsqu'on voit le temps qu'elle a passé à écrire le scénario (cinq ans) et l'expérience qu'elle a des tournages, difficile de passer outre une réalisation réchauffée, où elle passe toutes les comédies romantiques au mixer pour nous déverser une mixture narrative à laquelle on a déjà goûté. Le preux chevalier dont elle tombe amoureuse dès lors qu'elle le voit est d'une naïveté sidérante et d'une incrédulité agaçante : qui de celles qui ont été abandonnées par celui qu'elles aiment retombent amoureuse le lendemain matin ? Impossible n'est pas français soit, mais difficile d'adhérer à cette comédie trop facile.
Helen Hunt a fait table rase de tous les obstacles scénaristiques et dramaturgiques pour que tout coule de source. Et c'est cette paresse que l'on déplore. Pourtant le début du film était prometteur. Le film s'ouvre sur un mariage juif avec un fond de musique traditionnelle et
Helen Hunt en voix-off qui nous raconte une blague juive. Entrainant. Et puis on remballe. Ceci dit,
Une Histoire de famille n'est pas un film désagréable, on se surprend même parfois à sourire. Mais il est de ces films qui ravira les abonnées de la collection Piment. Pas les autres.
Une absence de choix esthétiques et de mise en scène freine
Helen Hunt dans sa quête d'identité créatrice. Regrettable, quand les thématiques abordées laissaient une porte ouverte vers l'originalité. Mais il a fallu que le film tourne à la romance typique d'Hollywood. L'adoption, la maternité, la monoparentalité, la culpabilité, la dévotion à la religion sont autant de sujets intéressants qui, combinés, offrent de nombreuses possibilités de traitement esthétique et narratif. Que nenni, la réalisatrice boude l'originalité et ne trouve pas l'équilibre dans le classique, allant jusque dans l'excès. Tout tourne autour de la foi en Dieu, tous les évènements sont la volonté de Dieu. Et quand bien même April a perdu la foi, il aura suffit d'un pathétique dialogue de vingt secondes avec sa mère biologique pour qu'elle soit à deux doigts de faire une génuflexion pendant qu'elle chante une prière juive. Mieux vaut en rire. A contrario, le thème de l'adoption aurait gagné à être travaillé de l'intérieur. Compensons notre déception par un casting qui dévoile une belle brochette d'acteurs :
Helen Hunt qui s'est attribuée le premier rôle nous touche dans son rôle de femme qui essaie de se (re)construire à 40 ans. On s'attache également au charmant
Colin Firth, qui joue à la perfection son rôle de père célibataire, abattu par le moindre sursaut sentimental. Quant à
Bette Midler que l'on n'avait pas vu depuis
Et l'homme créa la femme, nous convainc en tant que mère coupable qui cache ses remords derrière son excentricité. Une réalisatrice qui se cherche, mais qui ne s’est pas encore trouvée. Son premier film n’est pas désagréable en soi, mais n’apporte aucun élan à la comédie américaine.