Les producteurs de Little Miss Sunshine nous invitent à un petit nettoyage de printemps.
Modeste femme de ménage Rose Lorkowski (
Amy Adams) doit élever seul son fils. Elle doit en plus prendre soin de son père toujours à traîner dans des magouilles peu lucratives et de sa sœur irresponsable (
Emily Blunt), fréquemment renvoyée des petits jobs dans lesquels elle arrive à se faire embaucher. Le renvoi de son enfant l'oblige à dénicher un emploi mieux rémunéré pour pouvoir l'envoyer dans une école privée. Elle repense alors au conseil que lui a donné son amant, un flic marié qu'elle retrouve fréquemment dans un motel : monter une société de nettoyage de scène de crimes.

Situation ironique de notre société moderne, le balayage des cochonneries visqueuses et effluves collantes laissées par les morts rapporte davantage que récurer celles des vivants. Grossièrement le même travail mais qui ne conduit pas à la même réussite sociale et monétaire dans une Amérique obsédée par le confort matérialiste et l'illusion du rêve américain qui idolâtre les vainqueurs. Ce à quoi tente de se persuader Rose devant sa glace convaincu que sa gloire de chef des majorettes n'a pas été abandonnée sur le seuil de son ancien lycée, ou que les avis et les regards arrogants de ses anciennes (fausses) amies, toutes empâtées dans une cage rose dorée et sécurisée, ont un tant soit peu de valeur. Comme ils avaient fusillé les normes de la beauté physique, les producteurs de
Little Miss Sunshine rempilent dans une nouvelle comédie dramatique enjouée et touchante pour embrasser sous l'œilleton de l'altruisme la cause des petites gens, des losers n'ayant plus que leur humanité à offrir.
Dans un contexte supposé sordide (passer derrière un cadavre n'est pas folichon),
Christine Jeffs signe là un long-métrage positivement charmant et plein de vie, notamment grâce à sa superbe paire de comédiennes et leur complicité visible faisant oublier leur différence physique. Oui parce qu'en dehors de la salle de projection, il est plutôt difficile de croire que les deux jeune femmes peuvent avoir un lien de parenté direct. Heureusement la magie du cinéma est là. Le rayonnement qui se dégage de
Sunshine Cleaning (le nom de leur affaire), le récurage de la mauvaise humeur et le baume au cœur apporté par le film n'a presque d'égal que son petit manque d'originalité et son côté recette indépendante appliquée à la lettre : sa similarité avec l'œuvre publiquement acclamée de
Jonathan Dayton et Valérie Faris, ne s'arrête pas à leur seule affiche et à la présence d'
Alan Arkin dans le rôle du grand-père farfelu. Dans leur fondement structurel et émotionnel,
Little Miss Sunshine et
Sunshine Cleaning présentent plusieurs points communs sans que ce dernier ne parvienne à développer tous ses personnages secondaires qui ne demandaient qu'à prendre de l'ampleur si l'on avait bien voulu leur permettre. Rien d'excessivement grave, une petite tâche sur un mur immaculé mais tenace au point de ne pas vouloir disparaître.
Sur le modèle de Little Miss Sunshine, la réalisatrice Christine Jeffers brode une comédie tendre envers ses personnages portées par de sublimes actrices. Mais à force de s'inspirer sur son modèle, Sunshine Cleaning finit par perdre en prestige.