Marc Forster revient avec ce nouveau film mêlant comédie et fantaisie, et emmené par de talentueux acteurs, dont Will Ferrell et Emma Thompson, pour un résultat frais et tout à fait honnête bien que très (trop) classique.
Marc Forster s’est fait connaître du public grâce à des films comme
A l’ombre de la haine,
Neverland ou encore
Stay. Dans
L’Incroyable destin de Harold Crick, le réalisateur s’entoure de prestigieux acteurs puisque
Emma Thompson,
Dustin Hoffman, le comique américain
Will Ferrell,
Maggie Gyllenhaal et aussi
Queen Latifah l’ont rejoint sur cette production.
Le film raconte l’histoire de Harold Crick, un fonctionnaire du fisc, qui un matin, entend la voix d’une femme qui se met à commenter sa vie, ses actes tout comme ses pensées les plus intimes. La situation devient grave lorsque la voix annonce que Harold va bientôt mourir. La voix est en réalité celle d’une romancière, Karren Eiffel, qui doit terminer son livre, en faisant mourir son personnage principal. Seulement, elle ne sait pas que Harold existe et que celui-ci entend sa voix. Harold va alors tenter de changer son destin.
Le scénario de cette comédie charme tout de suite, et c’est avec plaisir qu’on embarque dans la vie de Harold. Suivre ce personnage persécuté par la voix de celle qui écrit son destin est assez amusant. La narratrice décrivant toujours ses gestes simples en phrases imagées et poétiques. Les situations peuvent se révéler très drôles. Cependant, l’idée aurait pu être traitée de bien meilleure façon si l’histoire ne s’ancrait pas dans les rouages de la comédie classique américaine, c’est là le plus gros point noir du film. Là où il aurait pu se démarquer par quelques idées fraîches et ingénieuses, on retombe dans les mécanismes exigeants biens de chez Hollywood, avec une histoire d’amour aussi prévisible que niaise, qui fait tâche au milieu de l’histoire fantaisiste de Harold. En plus de ça, on se coltine les habituelles leçons moralisatrices et bienveillantes. Au niveau des petits bémols, on soulignera aussi la musique, un peu trop présente et pas vraiment innovante.
En dehors de cela, le film s’avère être un bol de fraîcheur, dû en grande partie à l’interprétation très bonne des comédiens, et notamment
Will Ferrell, grand comique aux Etats-Unis et assez méconnu chez nous, que l’on découvre ici drôle et parfait dans son rôle de petit benêt.
Emma Thompson en romancière au bord de la crise de nerfs, est à ravir.
Dustin Hoffman en théoricien de littérature, est très juste et remplit correctement son rôle.
Maggie Gyllenhaal dégage un certain charme de son personnage, bien que les fois où elle apparaît à l’écran, c’est pour des scènes de séduction niaises au possible comme savent si bien le faire les scénaristes américains. La présence de
Queen Latifah reste anecdotique, puisque assistante de Karren, on ne la voit qu’à quelques rares occasions, mais ceci dit, elle n’en fait pas trop, et ça reste correct.
Le réalisateur
Marc Forster remplit lui aussi très bien sa part du contrat en ayant mis en scène ingénieusement l’histoire et les personnages. Le début du film, introduction à la vie de Harold, qui est articulée autour de la montre du personnage, montre très bien le quotidien méticuleusement réglé de ce fonctionnaire matheux. Grâce à des surimpressions numériques, on constate le réel du personnage, mis en chiffres à l’aide de compteurs et de tableaux qui s’affichent un peu partout sur l’écran, selon qu’il compte ses pas, les coups de brosse à dents, les secondes qui le séparent du prochain passage du bus, etc. La mise en scène lors des passages où il entend la narratrice est aussi très ingénieuse, car Harold est toujours placé dans des situations inconfortables, avec des décors qui soulignent la solitude du personnage, comme lorsqu’il se retrouve devant son miroir, dans de longs couloirs blancs, ou encore lorsqu’il est présent avec plusieurs autres personnes, dans quel cas il passe pour un fou. Une histoire originale et fraîche, mise en scène habilement et joliment interprétée, mais malheureusement gâchée par les codes classiques des comédies hollywoodiennes.