Quand Will Ferrell et John C. Reilly jouent les demi-frères attardés de 40 ans, bonjour les dégâts … et quelques éclats de rires en prime.
Au vu du désintérêt toujours constatable du public français pour les comédies avec
Will Ferrell - méga star dans son pays et quasi illustre inconnu chez nous - on se demande bien pourquoi les distributeurs continuent de s'embêter à commercialiser ses films en salles au lieu de miser sur leur exploitation vidéo. Peut-être parce qu'il y a presque deux ans, L'incroyable destin d'Harold Crick de
Marc Forster est venu donner de la crédibilité à ce comique adepte de la bouffonnerie et membre actif de la « mafia comedy » (ce mouvement dont fait parti
Ben Stiller,
Steve Carrell,
Vince Vaughn,
Seth Rogen,
Judd Apatow …) qui comme chacun sait n'a pas vraiment l'habitude de faire dans la dentelle.
Il n'y a qu'à voir le pitch de la dernière farce de l'équipe du rigolo
Ricky Bobby : roi du circuit pour s'en convaincre une nouvelle fois : deux quadragénaires attardés, désespérément restés à l'âge reculé d'un gamin de 8 ans, se retrouvent obligés de cohabiter sous le même toit lorsque leurs parents respectifs se marient. Après différentes disputes et rivalités entrainant moult catastrophes, les deux compères se trouvent des points communs dans leur décroissance sociale (notamment leur haine contre le frère de l'un deux, modèle de réussite capitaliste) et deviennent inséparables. Ce qui n'arrêtera pas pour autant les effets cataclysmiques de leurs actes.
Sous son titre français rebutant,
Frangins malgré eux cache en fait une sympathique comédie où le spectateur disposé se complaira dans son discours à contre-courant clairement assumé, une véritable ode à la régression avec pour arguments une flopée de gags parfois irrésistibles (la séquence du générique de fin, le double somnambulisme, la reprise a cappella de
Guns N' Roses …) même si inévitablement les auteurs tirent sur la corde du scatologique et du graveleux bien lourd (merci pour les longs plans contemplatifs des testicules de
Will Ferrell).
Alors que dans
En cloque, mode d'emploi et quelques autres productions labellisées
Judd Apatow la bonne morale et un retour à la norme des personnages venait plomber l'irrévérence du ton,
Frangins malgré eux ne se rabaisse pas à ce retournement de veste et endosse jusqu'au bout sa mise en lumière de l'uniformisation du « American Way of Life » et de ses valeurs matérialistes sans toutefois considérer l'infantilisme comme la solution (nos deux crétins sont le fruit de la sous culture populaire américaine) mais comme un moyen salutaire de s'affranchir de destinés toutes tracées.
Frangins malgré eux ne restera peut-être pas dans l’histoire de la comédie mais se montre assez irrévérencieux et bien mené pour divertir et pourquoi pas faire un petit peu réfléchir.