L'adaptation de la célèbre bande dessinée de Will Eisner saura-t-elle aussi bien convaincre les fans avertis que les curieux novices ? Pas si sûr…
Première réalisation au cinéma, premier rôle confié à un inconnu, c'est avec des pincettes que les spectateurs accueillent la sortie du film. Après avoir coréalisé le très réussi
Sin City,
Frank Miller fait cette fois cavalier seul avec
The Spirit. Issu du monde de la BD, le cinéaste débutant a donc l'œil aiguisé en la matière, mais cela suffit-il à se frotter à l'adaptation de comics ?
The Spirit, c'est l'histoire d'un flic revenu d'entre les morts. Convaincu que sa ville (Central City) a besoin d'être protégée, il décide de s'allier à la police de façon anonyme. Vêtu de son costume et chapeau noir ainsi que de sa cravate rouge, le héro masqué va devoir se mesurer à Octopus (
Samuel L. Jackson) son ennemi juré, prêt à tout pour devenir immortel.
L'expérience
Sin City a laissé des traces et c'est loin d'être un reproche. Après avoir révolutionné le grand écran avec un graphisme hors du commun,
Frank Miller décide de renouveler l'expérience en misant sur une esthétique hybride : mi-film noir, mi-cartoon. Pas besoin de connaître la version originale de
The Spirit pour savoir de quel support elle est adaptée. Et ce côté esthétiquement insolite devient une expérience visuelle proche de la performance sensorielle. On se laisse hypnotiser par un style que
Frank Miller semble s'être approprié depuis sa première coréalisation. Car la difficulté du film résidait dans sa capacité à ne pas souffrir de comparaison dépréciative au regard des autres comics adaptés récemment, comme
The Dark Knight. Ce n'est ni
Christopher Nolan aux commandes, ni
Christian Bale en haut de l'affiche, mais bien deux inconnus du cinéma grand public qui nous embarquent dans une expérience dénaturante et abordable à la fois.
Accessibilité ne doit pas pour autant rimer avec banalité. Or, c'est ce son de cloche qui résonne dans la partie scénaristique et qui ferait presque pencher la balance du mauvais côté. Les dialogues nous font déguster des plats déjà consommés et régurgités depuis longtemps. On ne frissonnera donc pas lorsque le héros se promet à lui-même et à voix haute qu'il battra le méchant Octopus. La tonalité empreinte d'ironie du film aurait également gagné à être actualisée en tenant compte du répertoire cinématographique. Une impression de déjà-vu voire de déjà revu vient perturber notre enthousiasme à l'égard du style visuel. Ennuyant, le scénario est prévisible à souhait, l'intrigue ne tient personne en haleine et le dénouement n'avait pas assez de nœuds à son actif pour mériter ce titre. Cet égarement narratif est difficilement justifié par une volonté de rendre le film intelligible même aux plus inexpérimentés en matière de BD. Mais ce conformisme décevra les fans de
Will Eisner et « vexera » les néophytes qui ont l'impression d'être ineptes.
Loin d'être mauvais, The Spirit nous bluffe d'un point de vue esthétique. L'adaptation visuelle nous séduit tandis que la narration ressemble à une blague de mauvais goût.