Le Hulk de Louis Leterrier est-il plus fort que celui d'Ang Lee? Disons que tout est question de poids et de mesure.
Oublier la version 2003 de Hulk. C'est ce que voudrait nous voir faire
Marvel Studios – bien décidé à reprendre en main les exploitations filmiques de son catalogue – en s'affranchissant du travail précédemment effectué par
Ang Lee, qui avait énormément déçu le public, par son approche « auteurisante » et tragédienne du mythe du géant vert. Hulk le mal-aimé était certes loin d'accéder à la perfection (on passait du pire au meilleur d'une scène à l'autre et vice versa) mais ne peut aucunement se ranger dans la case des adaptations loupées de comics. Inutile de défendre plus longtemps l'œuvre du réalisateur de
Tigre & Dragon, la sacro-sainte parole du spectateur (et du billet vert) s'est fait tellement entendre aux oreilles du studio que celui-ci a décidé de tout remettre à plat et de procéder à un complet ravalement avec
L'Incroyable Hulk.
La procédure débute dès un générique (farouchement efficace il faut l'avouer) revenant sur l'expérience ratée de Bruce Banner ayant conditionné son changement physique en un monstre colossal enragé et destructeur. De cet échec, l'armée y voit une occasion de l'utiliser à des fins militaires. Devenu un fugitif et réfugié en Amérique du Sud depuis 5 ans, Bruce tente de contrôler la bête qui est en lui. Jusqu'au jour où le Général Thaddeus Ross retrouve sa trace, l'obligeant à revenir aux côtés de sa dulcinée Betty, pour qu'ensemble, ils tentent de découvrir un antidote.
S'ensuit une course-poursuite effrénée, d'un peu plus d'une heure et demie, ne prenant jamais le temps de construire ne serait-ce que la charpente d'une véritable narration. Qu'importe la description des personnages, la mise en place des enjeux à venir ou même une quelconque cohérence scénaristique (pourquoi le petit ami de Betty appelle son père au retour de Banner alors qu'il ignore tout de l'affaire ?), du moment qu'on peut se contenter d'empiler les références rigolotes au programme télé des années 80 et enchaîner les séquences d'actions destructives. Car
L'Incroyable Hulk ne prétend à rien d'autre qu'être uniquement un simple blockbuster estival divertissant dénué de toutes ambitions artistiques.
Le film aurait pu demeurer cette sympathique série B déchainée et amusante si sa relative qualité ne diminuait pas continuellement au fur et à mesure que son récit progresse jusqu'à un climax attendu entre le gentil titan et son alter ego négatif The Abomination. Affrontement voulu dantesque mais demeurant inoffensif (c'est déjà mieux que le final grotesque du précédent). La responsabilité n'en revient pas uniquement au frenchie
Louis Leterrier, montrant pour une fois des signes d'aptitudes de bon faiseur (l'escapade de Banner à travers les rues de Rio) : il faut accuser des effets spéciaux mal intégrés, pas très convaincants. Impardonnable quand on mise énormément sur sa créature pixélisée assez laide, à la transformation digne du
Loup-Garou de Paris (beurk !).
Le seul moment exaltant se situe à la toute fin lorsque
Robert Downey Jr. en Tony Stark exécute son savoureux petit caméo, occultant par la même le pourtant bon niveau d'interprétation générale vu précédemment (sauf
Liv Tyler mauvaise de chez mauvaise). Au bout du compte inutile de dénombrer les tares de l'objet, il est presque sûr que beaucoup préféreront cette version verdâtre caressant une audience peu exigeante dans le sens du poil, qu'une précédente incontestablement en demi teinte mais qui avait le mérite de montrer de l'audace. Au petit jeu des reproches, chaque camp trouvera les arguments pour enfoncer l'autre. Le match risque d'être violent. Cette nouvelle monture des dégradations du bonhomme olivâtre n’a vraiment rien d’incroyable. Pas assez mauvaise pour piquer une crise, pas assez bonne pour ne pas l’oublier sitôt vu.