Petit arrêt en Thaïlande pour Nicolas Cage, venu jouer les tueurs à gage dans un polar très Pang-Pang.
Un tueur solitaire, un contrat à exécuter, des employeurs déloyaux, une trahison, un règlement de comptes et une jeune femme innocente au milieu … tous ces ingrédients doivent forcément vous dire quelque chose puisqu'ils sont les composants indissociables du polar asiatique (et un peu du polar en général) depuis vingt ans. Une recette que l'on connaît sur le bout des doigts mais qui peut encore offrir quelques surprises (cf.
A bittersweet life du coréen
Kim Ji-woon) pour peu qu'on fasse preuve d'un minimum de talent. Et en la matière, les frères
Pang présentent de sérieuses lacunes.
Les connaisseurs le savent bien,
Bangkok Dangerous est le remake américain du film homonyme thaïlandais - sorti en France en 2003 - réalisé par le même duo de metteur en scène expatrié depuis l'année dernière au pays de l'oncle Sam. A l'instar d'un
Takashi Shimizu (
The Grudge), les réalisateurs se chargent eux-mêmes de revoir leur copie pour l'adapter aux critères occidentaux du public US. L'occasion était propice à améliorer un original pas franchement inoubliable, car pompant allègrement toutes les figures de styles imposées par les maîtres du genre. Mais c'était sans compter sur la capacité des frangins à s'enfoncer de plus en plus dans la mélasse, faisant de ce nouveau
Bangkok Dangerous un plus mauvais élève que ne fut le précédent.
Passons rapidement sur une mise en scène tout juste digne d'un direct-to-video, qui s'excite quand il ne se passe rien (mais absolument rien) et devient curieusement mollassonne une fois qu'une action, réduite à son maximum, déboule enfin. Et ce n'est rien comparé à la risible occidentalisation opérée sur le script : outre le fait que le tueur venu à Bangkok pour s'affranchir d'un dernier assassinat change de nationalité pour mieux convenir à sa vedette internationale
Nicolas Cage, ce dernier se voit affligé d'un sidekick local, collant, dont - on ne sait pourquoi - il fait son élève plutôt que le tuer comme l'obligerait sa condition de nettoyeur. Une aberration parmi tant d'autres, le scénariste ne prenant même pas la peine de s'expliquer sur les raisons des agissements de tel ou untel, ni sur la soudaine rédemption de son personnage principal devenant réfractaire à occire un homme politique intègre. Revirement de pensée garantissant ainsi une bonne conscience boursouflée comme l'affectionne Hollywood. Un héros moraliste, à l'origine sourd-muet, devenu pour le coup d'un bavard à un niveau incommensurable avec sa prédominante voix-off d'une totale redondance.
Le rôle de
Nicolas Cage obtient donc ici le don de la parole et de l'ouïe (annihilant du coup l'infinie parcelle d'originalité du premier film) pour des raisons qu'on devine purement commerciales. Ce qui nous oblige à assister à la déchéance croissante de l'acteur, jouant une fois de plus les figures désincarnées, laissant à son improbable chevelure le soin de nous surprendre. Le mutisme échoue donc à sa dulcinée, la belle
Charlie Young, réduite à l'état de pauvre handicapée angélique, exprimant la pureté recherchée par une accumulation de sourires niais forcés. Si dans un moment de grande clémence on pouvait pardonner certains points noirs, avoir fait de l'héroïne de
The Lovers un simple bibelot exotique dont le spectateur ne peut même pas tomber amoureux (avant de voir
Bangkok Dangerous on aurait cru cela impossible) demeure une faute scandaleuse et impardonnable. Auto-remake insignifiant d’un polar qui l’était déjà, Bangkok Dangerous démontre une fois de plus celle des frères Pang qui, contrairement à la majorité des cinéastes expatriés aux USA, n’ont pas vu la (médiocre) qualité de leur cinéma être bouleversée. Ce qui veut peut-être dire quelque chose.