Quand le réalisateur de Dans la peau de John Malkovich s'attaque à l'adaptation d'un classique de la littérature enfantine, cela donne un résultat aussi inattendu que magique.
Les amateurs (osons le terme : amoureux) du roman illustré de
Maurice Sendak « Max et les maximontres » ont dû se demander, non sans inquiétude ou indécision, ce que pourrait bien donner son adaptation cinématographique confiée à la vision de
Spike Jonze. A raison d'ailleurs, puisqu'il n'était pas aisé d'imaginer comment l'univers monstrueusement retors et déjanté du responsable de
Dans la peau de John Malkovich et
Adaptation pourrait se rattacher à celui linéairement enfantin de l'œuvre originale. Il en fut ainsi lorsque le projet fut proposé à la
Universal Pictures (ayant refusé d'emblée une vision trop sombre et impressionnante pour une audience en culotte courte), avant de tomber dans l'escarcelle de
Warner Bros. qui demanda au réalisateur d'éclaircir sa copie, sans obscurcir les flammes de son imagination. On ne saura probablement jamais ce que nous réservait la première version de
Max et les Maximonstres, mais ce n'est pas grave, car de toute façon ce compromis ne s'est pas fait dans la douleur. Mieux, il a donné naissance à un petit chef-d'œuvre.
Les inconditionnels de
Spike Jonze trouveront sûrement le film sage en comparaison de ses deux précédents, ce qui est le cas. Sauf que comme pour
David Fincher avec
L'Etrange histoire de Benjamin Button et
Darren Aronofsky avec
The Wrestler, cet amendement créatif s'exécute au profit d'un sujet se devant d'être traité sans virulence esthétique, ni fantaisie cynique. Le parcours initiatique de Max, ce jeune garçon de 9 ans hyperactif et fugueur se retrouvant plongé dans un monde étrange, peuplé de créatures extraordinaires dont il va devenir le chef, avait besoin d'être raconté avec toute la simplicité et l'affection naïve nécessaires afin de livrer au mieux sa fine leçon de vie. A la fois libre et rattaché au livre (avec la bénédiction de l'auteur),
Max et les maximontres est de ces contes qui conservent une lecture sensitive pour les plus petits, tout en développant la psychologie de son héros – ce qu'apprécieront les plus grands. Nulle valorisation amaurose de l'enfance ici, dans un désir d'acheter malhonnêtement l'aval de mouflets en les caressant dans le sens du poil (de la bête): Max peut se montrer insupportable, incontrôlable, immature et émotionnellement instable… à l'image de n'importe quel enfant en pleine construction d'une identité sociale.
Pas question non plus pour
Spike Jonze d'oublier le caractère dangereux des maximontres. A la fois attendrissantes, craquantes et d'une inquiétante ambivalence, ces grosses peluches entre le nounours aux yeux innocents et l'ogre aux dents acérées sont la réussite d'un long-métrage qui grâce aux diverses technologies et trucages conventionnels du cinéma (un mélange de personnes costumées et d'animatroniques supporté par quelques touches de numérique) possèdent une réelle présence à l'écran, rappelant l'époque magique de
Dark Crystal et les heures de gloires de la
Jim Henson Company (normal dirait l'autre, c'est justement la société qui s'est occupée de la fabrication des « marionnettes »). Visuellement indomptable et magique,
Max et les maximonstres finit de nous achever tout en douceur par la maturité de son jeune interprète
Max (quelle coïncidence !)
Records et cette transcendante bande originale signée
Karen O qu'il est difficile de se retirer de la tête. Une manière de prolonger les souvenirs d'un voyage qui n'a qu'un seul défaut : sa trop courte durée de croisière.
Spike Jonze surprend par la retenue de son habituelle folie qu'il applique en faveur du meilleur d'un conte enchanteur qui nous replonge dans les joies et les turpitudes de l'enfance. Doux comme un rêve dont on ne voudrait s'extirper.