Olivier Dahan crée l’évènement cinématographique français de l’année avec ce biopic sur Edith Piaf : un pari à moitié réussi.
Cette fois, on peut dire qu’
Olivier Dahan s’attaque à très gros. Loin d’être le réalisateur le plus doué de sa génération (hum
Les Rivières Pourpres 2…), le sieur a décidé de s’attaquer au biopic musical, genre en vogue depuis Ray notamment, à travers la vie de la plus grande chanteuse française, Edith Piaf. Tout comme ses comparses américains
Ray Charles ou Johnny Cash,
La Môme a connu aussi bien des succès que de très nombreux drames. Seul au scénario, Dahan fait un choix très ambitieux pour le traitement de son histoire. En fait, il suit Piaf de ses dix ans à sa mort avec une sorte de volonté d’exhaustivité. Des les premières minutes, ce procédé montre ses limites.
La structure du début du film est juste catastrophique. On assiste à une compilation des drames qui se sont passés dans la vie de la chanteuse à un rythme assez hallucinant. Chaque personnage a une durée de vie d’environ cinq minutes avant de mourir ou d’abandonner la protagoniste.
Olivier Dahan achève cette première partie avec une réalisation à la ramasse. Il multiplie les ellipses ne permettant pas au spectateur de rentrer dans le film. Se sentant obligé d’ancrer la partie de l’enfance dans le mythe de Piaf, il nous balance des réorchestrations instrumentales des succès de la chanteuse, désamorçant en partie leur impact par la suite.
On craint alors le pire mais heureusement,
Olivier Dahan arrive à rectifier le tir dès l’arrivée de
Marion Cotillard dans le rôle d’Edith Piaf. Le réalisateur peut s’appuyer sur le duo qu’elle forme avec
Sylvie Testud. La performance de la première est à la hauteur des attentes, avec une métamorphose impressionnante. Elle prend toutefois un charme supplémentaire grâce à la complicité qui la lie avec le personnage de Mômome. Cette relation nous permet enfin d’accrocher au personnage. Ce rapprochement entre la chanteuse et le spectateur est encore renforcé grâce à sa relation avec le boxeur Marcel Cerdan. En plus d’humaniser le personnage principal, cette histoire d’amour permet aussi à
Olivier Dahan de revenir sur une structure de film plus conventionnelle et d’arrêter de nous livrer qu’une suite de tranches de vie sans réel lien. Le film gagne ainsi en efficacité. Même si
La Môme n’arrive jamais à prendre l’ampleur que l’on attendait de lui, le destin d’Edith Piaf et sa musique touchent profondément le spectateur.
On peut aussi reconnaitre à
Olivier Dahan le fait de ne pas avoir reculé face à ce projet énorme. Il n’élude jamais les parties les moins plaisantes de la vie de Piaf. Il n’hésite pas à montrer les aspects les plus glauques sans rentrer dans des effets de style putassier qu’on a pu voir dans de précédents biopics. Le réalisateur garde aussi son identité visuelle et ne se laisse pas manger par le sujet. Cela donne un résultat plus ou moins heureux, passant d’une scène d’ouverture ridicule et illisible à un plan séquence atteignant presque une certaine poésie. Dahan tombe malheureusement dans certains écueils de ce genre de film. Le casting de têtes d’affiche donne parfois l’impression d’un défilé de gros noms sortant plus le spectateur du film qu’autre chose. Le montage éclaté est lui assez mal utilisé. Sa maladresse est parfois le signe d’une impossibilité de gérer dans le film tout ce qu’a voulu montrer Dahan. On lui reprochera tout autant le manque de puissance qu’il insuffle à la musique, assez aberrant étant donné le sujet du film… Malgré ces nombreuses maladresses,
La Môme reste toutefois un film assez efficace et qui marche plutôt bien si l’on oublie sa première partie. La prestation impressionnante de Marion Cotillard est enrobée d’un écrin imparfait, assez maladroit mais qui fonctionne au final.