Le virus Kipling a exterminé toute l'humanité. Seul, Robert Neville, virologue, a survécu.
Le silence règne en maître. La végétation gagne la ville, les gratte-ciels, les routes parmi les files de voitures ininterrompues laissées à l'abandon. Des vitrines de magasin vieillissantes, aux échafaudages rouillés, tout semble s'être arrêtés, il y a maintenant 3 ans. Nous sommes en 2012. Il est approximativement 11h30 du matin au foyer central du virus Kipling ; les oiseaux chantent. La nature a repris ses droits dans un New York méconnaissable, gagné par la brousse et empreint à une certaine poésie. Ronronne alors la sportive ultra agressive de Robert Neville, chercheur armé jusqu'aux dents, qui a fait de Manhattan son centre expérimental : un jardin qu'il arpente le jour pour donner corps à son existence.
« Je suis un survivant, je vis à New York. Je peux vous nourrir, je peux loger, je peux vous protéger. Si quelqu'un m'entend, qui que ce soit, je vous en supplie. Vous n'êtes pas seul. Je serai à South Street Seaport tous les jours à midi, quand le soleil est à son zénith. » Message radio diffusé sur les ondes radios, c'est une des forces qui caractérise son personnage : comment faire pour survivre à l'ennui ? Plongé dans la plus profonde solitude,
Will Smith incarne un homme traumatisé par son isolement, souvent à la limite du désespoir. Et au contraire, pour survivre, il choisit de s'occuper…inlassablement, avec tout ce qui l'entoure. Participant ainsi à sa survie tant psychologique que physique, il se protège ainsi contre les créatures de l'ombre, sortes de mort-vivants qui peuplent la ville à la tombée de la nuit. Il établit son plan de la ville, des pièges, il s'arme, réorganise l'artillerie lourde, il rend aussi visite au disquaire d'à côté, fait la conversation à son chien, lorsqu'il n'est pas en train d'expérimenter sur des rats.
Film hollywoodien oblige, il en ressort malheureusement une spectacularisation des éléments à outrance qui affaiblit considérablement le propos du film. La mise en scène est beaucoup trop souvent exagérée, dans l'ambition de rendre héroïque le personnage de Robert Neville, au risque de faire rire. Ainsi, c'est encore sur les scènes d'actions pures que repose la réussite du film notamment à travers le combat entre Neville et les créatures de l'ombre. Indéniablement réussi, et révélant du très grand spectacle dont seul le cinéma américain est capable. Citons comme exemple des explosions monumentales, des courses-poursuites effrénées, des timings improbables où votre existence se joue à un millième de seconde, pire encore, à un centimètre de lumière en plus, nécessaire et rendu possible grâce à l'incroyable disposition des tours new-yorkaises par rapport à la courbe effectuée par le soleil, en fin d'après-midi. On admire, on sursaute, on savoure, on applaudit.
Et tout ce que propose comme développé métaphysique un roman de science-fiction digne de ce nom est passé sous silence. Aucune franche réflexion sur le but de l'existence, où sur ce que peut apporter la solitude en bien ou en mal, on reste dans le pur divertissement. Devenu asocial à souhait lorsqu'il parvient à ses fins, il se hisse alors au rang d'égal de Dieu, « Dieu n'existe pas » , mais c'est ce que je te raconte, que tu dois considérer comme la vérité. Les abus de langage de Robert Neville se font vite balayer par une fin quelque peu déconcertante. Alors, bien, tu es un être conditionné, tu as suivi ta destinée, et inconsciemment tout fait pour qu'elle se réalise, dans le détail. Génie de ton état, tu as, par là-même sauvé le monde. Tu n'es pas un dieu, tu es un héros. Tu es un héros, tu es une légende. Malgré une réalisation alléchante, aux effets garantis, Je suis une légende reste un film où l’action et le spectacle prédomine sur le reste, aidé par un Will Smith physiquement au top… un bon divertissement tout de même.