L'immersion cinéphilique inaccessible au cœur des bidonvilles lusitaniens.
Pedro Costa filme sa vision des quartiers pauvres de Lisbonne. Il embarque avec lui une caméra haute définition et neufs miroirs, et ponce chacun de ses plans comme un bijou, pour en faire autant de perles rares. L'image est magnifique, chaque détail est superbement mis en évidence, et il se risque alors à approcher une superficialité dans le pur style bressonien. Les personnages avancent parfois au ralenti, suivent des trajectoires prédéfinies entre poussière et zones d'ombre. En un mot, la mise en scène d'une richesse extraordinaire explose à l'écran … Les premières minutes.
En réalité, le perfectionnisme de
Pedro Costa est constant durant les deux heures et demi que dure ce spectacle cinéphilique, mais comme il nous le rappelle parfois : on voyage pour ainsi dire plus dans une galerie d'art que l'on suit le parcours d'un personnage. Ventura, le héro du film à l'allure et au physique impressionnants – une vraie gueule de cinéma – est d'autant plus marquant avec les contre-plongées performantes que choisit le metteur en scène. Il navigue entre bidonvilles capverdiens et logements sociaux ; il rend visite « à ces filles et ces fils » lui, l'homme libertin que sa femme vient de renvoyer de chez elle, couteau en main. Voilà pour le pitch, et ce qui aurait pu devenir meilleur qu'un fondant au chocolat se retrouve aussi indigeste qu'un étouffe-chrétien en béton armé.
Parce qu'au-delà de tout le travail sur l'image effectué par
Pedro Costa, et qu'il convient de respecter … Il faudrait une notice de 300 pages pour nous expliquer l'ensemble des thématiques abordées, et le déroulement d'un récit complètement déstructuré et recomposé. On ne peut même plus parler de flash-back ou de flash-forward : Ventura quitte un plan au présent, pour se retrouver dans un plan au passé. Sa fille n'est plus sa fille, et son ami est retrouvé mort ; puis il entame une nouvelle partie de c
arte avec lui, une pièce est vide, la fille vient d'avoir un enfant dans ladite pièce ; une cigarette et un bandage plus loin et le bidonville prend des allures de décharge. Vous avez suivi ? J'en conviens, moi non plus …
Pedro Costa fissure la temporalité du récit jusqu'à laisser tout le monde perplexe. Les uniques plans fixes de l'intrigue ne laissent que du vide sur du vide, les personnages se répondent à côté de la plaque, lorsqu'ils osent se répondre : complètement déconnecté de la réalité, certains diront qu'il y puise au contraire son âme. La manière dont le réalisateur mène son affaire n'est pas sans rappeler le dernier
INLAND EMPIRE de
David Lynch, bien que les deux films n'aient pas grand rapport.
Finalement, ce film inaccessible – distribué sur trois copies en France – se révèle réellement aussi inaccessible qu'une poésie écrite en mandarin, et devient vite insupportable. Las d'être face à des plans tableaux où il ne se passe rien, c'est avec une impatience sans précédent que l'on attend les lumières se rallumer … Ouf, sauvé. Etrange, Beau, long, simple, déstructuré, ennuyeux, inaccessible, artificiel, complexe, incompréhensible, cinéphilique, les adjectifs ne manquent pour décrire cette chose de tout et de rien. Attention, ne pas jeter la notice sur les voies.