Aujourd'hui Pyramide Video édite la dernière réussite de Nuri Bilge Ceylan, Les Trois singes.
Servet, la cinquantaine, tente tant bien que mal d'atteindre le règne politique. Responsable d'un terrible accident de la route, il n'envisage pas une seule seconde de se dénoncer, terrorisé à l'idée de compromettre son début de notoriété. Alors, pour éviter que les soupçons ne pèsent sur lui, il va demander à son chauffeur Eyüp de se présenter à la police à sa place en échange du maintien de son salaire et d'une prime « exceptionnelle » à sa sortie. L'homme accepte, laissant derrière lui sa femme et son fils. Pendant son incarcération, les secrets s'accumulent et détruisent sa famille chaque jour un peu plus. Telle la fable des trois singes, les personnages s'attachent à éviter de voir, dire ou entendre les vérités qui font mal. Mais le déni sera-t-il salutaire ?
Lors de sa présentation au Festival de Cannes en 2008,
Les Trois singes a remporté le prix de la mise en scène. Et on ne peut qu'approuver. Avec une dextérité imbattable,
Nuri Bilge Ceylan livre un mélodrame populaire qui regroupe tous les ingrédients nécessaires à la réussite d'un film : le cadrage soigné, des couleurs apocalyptiques et envoûtantes à la fois, une direction d'acteurs menée à son paroxysme. Un cocktail explosif qui fait de ce film un chef d'œuvre tant d'un point de vue formel que dramatique. Avec un goût prononcé pour le hors-champ sans jamais en abuser, le cinéaste crée une atmosphère pesante où les personnages semblent seuls au monde. Le film se contemple, s'expérimente, se palpe. Le traitement esthétique confère au film une tonalité qui nous happe et qui nous guide dans l'errance des personnages.
Les Trois singes montre avec brio que le cinéma compte encore de nombreuses contrées inexplorées.
L'édition est présentée en format scope (16/9 compatible 4/3). Côté image, Pyramide Video s'en tire avec tous les honneurs. La photographie reste éclatante et fidèle aux intentions de réalisation. L'édition se place dans la très bonne moyenne grâce à un travail plus que soigné : l'image est léchée, les contrastes nuancés.
Côté son, l'éditeur propose un son stéréo et une piste Dolby Digital 5.1 pour les deux versions : VOST et VF. La bande-son étant souvent réduite à des silences, le recours aux multicanaux n'apporte donc pas de modifications notables. Les dialogues en version turque sont d'une intensité remarquable. La version doublée n'a rien à se reprocher, mais on préfèrera de loin l'authenticité de la version originale.
Au niveau des bonus : un entretien de 30 minutes qui n'a rien de très original en soi. Le cinéaste y aborde tous les aspects du film : le casting, le tournage, le traitement esthétique etc… on pourra reprocher d'un point de vue technique, une image saccadée dès lors qu'on bascule sur les images (du film ou du tournage) auxquelles le réalisateur nous renvoie. Le second bonus revient sur la séquence de rupture entre Servet et Hacer qui s'attache à montrer les aléas de la météo. Surpris par un orage,
Nuri Bilge Ceylan a laissé parler la nature, et a trouvé son cadre parmi elle. Ce document montre surtout la capacité du réalisateur à s'adapter aussi bien à ses acteurs qu'à son environnement.
Prix indicatif : 19,99 €
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