César du meilleur acteur,
Mathieu Amalric, en plein tournage du prochain James Bond, a envoyé une lettre de Panama pour remercier l'académie des Césars. Lue par
Antoine de Caunes, la missive ne l'a toutefois pas été en entier. L'acteur, qui défend le travail des exploitants et dénonce la mainmise des multiplexes, s'estime censuré alors que la production évoque les contraintes du direct.
Etonné d'être récompensé,
Mathieu Amalric a commencé par faire dire à
Antoine de Caunes, maître de cérémonie, les noms de ses conominés
Vincent Lindon,
Jean-Pierre Darroussin,
Michel Blanc et
Jean-Pierre Marielle, de nombreuses fois retenus mais toujours passés à côté du César. On a également entendu le présentateur remercier pour
Mathieu Amalric les autres acteurs du film,
Julian Schnabel et toute l'équipe ainsi que l'équipe médicale de Berck-sur-Mer…
L'acteur a fait parvenir sa lettre en double au rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, précisant : 'Je t'envoie le texte que j'avais envoyé au dernier moment aux César au cas où. Il a été lu, paraît-il très bien, par de Caunes mais… pas jusqu'au bout. Je n'en reviens pas. Je ne savais pas que c'était si simple que ça, la censure.'
L'acteur souhaitait que l'assemblée entende ses propos sur la salle de cinéma : 'La salle de cinéma, elle, doit pouvoir continuer à s'inventer', écrivait-il. 'Insupportable 'trompe-l'œil' des multiplexes. Les chiffres comme seule ligne d'horizon. Aveuglement, brouillage, gavage, lavage. Et quelle solitude.'
'Alors que le travail souterrain, patient, divers, dédié au public, aux écoles, aux rencontres que font et ont envie de faire tellement d'exploitants de salles se voit de plus en plus nié aujourd'hui.
La Question humaine n'aurait par exemple jamais fait autant d'entrées sans le travail de curiosité des exploitants de province et de l'Acrif. Ce tissu de salles, que le monde entier nous envie, est notre cœur, nos poumons', écrivait encore l'acteur.
Dès dimanche, l'Union des journalistes de cinéma (UJC) a dénoncé une 'censure' du texte d'Amalric, estimant 'inadmissible que les membres de la profession et les spectateurs aient été privés des réflexions de celui qui a reçu le César du meilleur acteur, relatives aux menaces qui pèsent en France actuellement sur l'action culturelle cinématographique et les salles de cinéma indépendantes'.
Selon l'UJC, 'cet acte de censure est un nouveau coup porté contre celles et ceux qui, au quotidien, se battent pour la défense du cinéma sous toutes ses formes'.
Pourtant, il semblerait que cette 'coupure' soit davantage le fait des conditions du direct. C'est en tout cas ce qu'affirme Renaud Le Van Kim. Le producteur de la cérémonie des César s'est dit 'tout à fait désolé' que le comédien
Mathieu Amalric 'ait pu imaginer une censure quelconque' de son texte. 'Je tiens à préciser que nous avons reçu le texte de
Mathieu Amalric aux alentours de 23h. Nous sommes tout à fait désolés qu'il ait pu imaginer une censure quelconque. Il n'a sans doute pas évalué dans quelle précipitation nous avons dû gérer ce texte imprévu dans le conducteur d'une émission en direct de cette ampleur', écrit le producteur.
'Pour des raisons de timing (...), nous avons demandé à son agent, représentant officiel de l'artiste, qui nous a donné son accord sans l'ombre d'une hésitation, d'écourter son texte', ajoute-t-il. 'Contrairement ce qu'affirme
Mathieu Amalric, nous ne l'avons évidemment pas fait pour des raisons éditoriales.'
(Source : Le Film Français)