Si vous êtes fans des années 80, alors il ne fallait être qu'à un seul endroit ce samedi: à L'Etrange Festival bien évidemment!
Star des années 80
Pour son avant-dernière journée L'Etrange Festival a vu défiler des hordes de spectateurs. Il fallait voir les couloirs du Forum des Images envahis de monde faisant la queue un peu partout pour se rendre aux séances. De mémoire de festivalier, on n'avait jamais vu un tel « bordel » laissant augurer d'un petit record de fréquentation. Pourquoi la communauté cinéphile parisienne a-t-elle fait le déplacement ? On peut dire que c'était essentiellement pour effectuer un voyage à travers les années 80 via des œuvres références ou directement issues de cette époque.
D'abord avec
Beyond the Black Rainbow de
Panos Cosmatos (fils de
George P. Cosmatos :
Rambo 2,
Tombstone) qui nous a offert un sacré choc visuel aux confins du trip sensoriel sous hallucinogènes. On ne donnera pas plus de précision sur l'histoire de ce film de science-fiction moins par soucis de garder la surprise intacte que de cacher la tragique vérité : la finalité du script nous a totalement échappé ! En résumé on a rien entravé du tout (à peu de chose près) à ce marasme philoso-existentialiste nébuleux se cachant derrière la séquestration et l'évasion d'une jeune femme prisonnière d'un laboratoire. Si nous avons tenu jusqu'au bout, c'est avant tout pour la stupéfiante attraction des images et du son, envoûtants et hypnotiques.
Panos Cosmatos s'impose comme un brillant formaliste sous influences (
THX 1138,
2001, l'odyssée de l'espace…), mais a encore pas mal de progrès à faire en tant que narrateur. Un avis qui n'a rien de définitif,
Beyond the Black Rainbow ne pouvant se juger sur une seule vision. Une deuxième s'avère nécessaire et nous ne nous priverons pas de replonger tête la première dans cet objet de pure esthétique transcendantale dès que l'occasion se présentera.
L'événement du jour était bien évidemment la projection de
Drive de
Nicolas Winding Refn qui suscite une attende grandissante depuis sa divulgation à Cannes il y a quelques mois. Une projection à laquelle la rédaction ne s'est pas rendue, non pas que l'envie lui manquait (au contraire ça lui démangeait le frein à main), mais simplement parce que la majorité de l'équipe a déjà vu ce Prix de la Mise en Scène cannois à diverses occasions. Ce qui ne nous empêchera pas d'en remettre une couche sur ce chef-d'œuvre de cinéma. Fausse série B mais vraie synthèse totale du polar américain, du roman de gare pulp aux échappées nocturnes de
Michael Mann, en passant par les thrillers noirs des années 40/50, ceux pessimistes des années 70 et ceux flashy des eighties. Brillante commande (le scènes d'actions sont top) et ultra personnel, film de genre d'une classe hallucinante (quelle B.O.),
Drive est surtout le meilleur ouvrage de son réalisateur perpétuant son goût pour les atmosphères aériennes et une violence fulgurante. Et que dire de
Ryan Gosling, prêtant sa félinité charismatique à un personnage condamné à devenir culte et allant grossir les rangs des héros sans noms ayant bercé le 7ème art. Forcément c'est à ne pas manquer à sa sortie programmée pour le 5 octobre.
Autre rendez-vous incontournable de la soirée : la rencontre avec
Rutger Hauer venu dans la capitale française pour y introduire
The Mill and the Cross de
Lech Majewski, illustration cinématographique et picturale du tableau « La procession du calvaire » de Pieter Bruegel, sur laquelle nous avons fait l'impasse (il faut faire des choix) et les deux classiques de sa filmographie que sont
La Chair et le sang de
Paul Verhoeven et
Hitcher de Robert Harmon. Que du bonheur de revoir sur grand écran (et sans recadrage télévisuel) cette perversion morale du film de chevalerie selon l'hollandais fou et ce thriller routier lui offrant l'un de ses plus beaux rôles de méchant. Seul point noir, le manque de ponctualité du comédien en vadrouille dans Paris qui lui a fait manquer le débat avec le public devant suivre
La Chair et le sang, reporté après la projection d'
Hitcher qu'il est tout de même venu présenter avec ironie mais aussi avec un certain dédain et un ton expéditif donnant l'impression de vouloir être ailleurs que devant une assistance pourtant des plus chaleureuses et démonstratives de sa joie. Pas cool !