Un super héros psychopathe, un émasculé sous hormone et de l'amour à la japonaise façon nimportnawak. Etrange vous avez dit étrange?
Que justice soit faite
Forcément attendue au sein de cette sélection, la première française de
Super a non seulement rameuté du monde durant sa projection, mais a semble-t-il contenté une (très) large partie du public présent. Pas étonnant puisque le film de
James Gunn est à la hauteur de l'attente suscitée. On ne s'épanchera pas outre mesure dans la comparaison avec
Kick-Ass, tant le débat risque de rapidement devenir stérile sur les forums internet qui vont s'enflammer et se répéter à l'infini dans les analyses journalistiques. Sachez seulement que si en apparence celui-ci se pose comme un
Kick-Ass encore plus indépendant que l'œuvre de
Matthew Vaughn,
Super ne partage qu'assez peu de points communs. Ressemblant davantage à ce qu'on attendait du
The Green Hornet de
Michel Gondry, cette satire d'un homme banal désirant devenir un super héros en costume pour récupérer sa femme partie avec un dealer, n'est en rien une réflexion sur la culture geek et ne possède pas un esprit comic-book. Plus sentencieux, plus ambigu, plus osé et finalement plus trash,
Super est un irrésistible portrait d'une société de névrosés/névropathes (
Ellen Page va encore faire un malheur), parsemée d'un esprit arty et bourré de trouvailles visuelles. Ajoutons un casting parfait et on obtient l'un des rendez-vous immanquables de cette année.
Et ce n'était que le début de cette sixième journée qui nous a gratifié d'une autre belle et heureuse surprise. Il y a deux ans, l'Etrange Festival nous avait fait découvrir un autre visage du cinéma belge et présenté un jeune cinéaste bigrement prometteur,
Pieter Van Hees (
Left Bank). Cette année, l'équipe du Festival continue de se faire l'ambassadeur des nouveaux talents du pays plat avec
Bullhead de
Michaël R. Roskam, premier long-métrage d'une impressionnante maîtrise atteignant un niveau que beaucoup de réalisateurs « expérimentés » n'atteindront peut-être jamais. A la fois polar naviguant dans l'univers du trafic d'hormone et drame sur un homme à qui on a retiré la virilité étant enfant, parsemé de dialogues croustillants et d'une atmosphère saisissante,
Bullhead est de ces œuvres qui vous agrippent l'esprit pour ne vous lâcher que bien longtemps après. Avant de lancer la projection, le président de l'Etrange Frédéric Temps nous a dit que nous allions voir le plus beau film de cette édition. Si on attendra les derniers jours de la manifestation pour lui donner tort ou raison, force est de constater que
Bullhead en fut immanquablement l'un des moments forts.
« Jamais deux sans trois »… pas toujours pourrait-on rétorquer suite à la vision de
Milocrorze : A Love Story de
Mirokurôze ayant fait office de maillon faible de ce mercredi. Non pas que ce délire graphique sur l'amour fou, fou, fou, ne se montre pas à la hauteur de la réputation « déglinguée » du cinéma nippon. En la matière, les gourmets du genre seront servis par ce menu combinant trois récits (in)dépendants des/les uns des autres, où toutes les folies narratives et visuelles sont permises, où tout et n'importe quoi peut arriver. Mais comme les meilleures blagues sont souvent les plus courtes, l'ennui finit par prendre la place du rire en milieu de parcours.
Milocrorze : A Love Story ayant la fâcheuse habitude de tirer en longueur - inutilement - certains passages (la séquence de combat au ralenti dans le bordel médiéval) pour n'aboutir que sur un incommensurable vide. On attend encore la chute de l'histoire.