Les allergiques aux OFNI et aux bandes trop extrêmes peuvent également trouver leur bonheur à L'Etrange Festival comme l'a prouvé cette troisième journée
Infernal Affairs
Pour les néophytes, L'Etrange Festival peut ne se résumer qu'à des bizarreries inclassables et des déviances morbides. Pourtant au sein d'une programmation une fois de plus très éclectique, cette troisième journée s'est distinguée par la présence de trois œuvres plus « classiques » dont deux qui n'avaient pas forcément leur place ici… excepté pour leur grande qualité cinématographique.
Commençons avec un peu de douceur dans cette sélection de brute avec
Hideaways, nouveau long-métrage en anglais de la française
Agnès Merlet (après
Dorothy) qui signe là un charmant petit conte fantastique évoluant entre comédie, drame et récit d'amour. On pense au cinéma de
Jean-Pierre Jeunet et
Tim Burton (toutes proportions gardées) dans cette histoire d'un garçon victime d'un pouvoir surnaturel qu'il voit comme une malédiction héréditaire, l'ayant obligé à s'exiler dans les bois loin des populations auxquelles il pourrait faire du mal. Sa rencontre avec une adolescente en phase terminale d'un cancer va être l'occasion d'effectuer un retour vers ses semblables et de transformer son habilité négative en énergie positive. « L'amour peut faire des miracles », voilà ce qu'on peut retenir du message foncièrement optimiste d'
Hideaways, œuvre loin d'être transcendantale mais qui renforce l'incroyable diversité de la carrière d'
Agnès Merlet.
Ambiance plus noire avec le polar coréen de première classe
The Unjust de
Ryoo Seung-Wan qui délaisse ici la baston (
Arahan,
City of violence) ou la parodie balourde (
Crazy Lee) pour un thriller reposant entièrement sur un scénario ficelé de main de maître, signé de l'auteur de
J'ai rencontré le diable. Pas de boucherie, ni de violence outrancière dans
The Unjust, mais un récit foisonnant (il faut prêter attention à ce qui se passe) épinglant à la façon des meilleurs
Sidney Lumet la corruption gangrénant toutes les institutions de la société du pays du matin (vraiment pas si) calme. A partir d'une course au tueur en série, le film explore les conséquences dramatiques d'une falsification de coupable par un flic jugé pourtant intègre mais qui va se laisser emporter par la dépravation d'un système judicaire à la dérive où comme le dit si bien la tagline de
The Unjust : La justice est un deal. Corée oblige, la fin réserve un retournement joliment méchant et pervers. Il n'y a pas à dire, ils sont forts ces asiatiques.
Direction la Colombie ensuite pour un autre polar sombre,
Salue le diable de ma part de
Juan Felipe Orozco avec le magnétique
Edgar Ramirez (
Carlos) trempant dans une sale affaire de vengeance : pour récupérer sa fille saine et sauve, son personnage Angel doit retrouver et éliminer trois anciens guérilleros amnistiés par le gouvernement, et ce en seulement trois jours. Récit légèrement convenu qui trouve son originalité dans le fait que le héros est loin d'être un enfant de cœur puisque ancien complice des cibles en question avec qui il a orchestré par le passé le kidnapping d'un riche civil appliquant aujourd'hui son impitoyable revanche sur lui. Réflexion presque nihiliste sur le pardon,
Salue le diable de ma part aurait mérité une durée plus longue (l'enchaînement des scènes est parfois précipité) mais en contre partie gagne en dynamisme. Efficace et léché, le film ne devrait pas resté longtemps sous le radar d'Hollywood qu'on imagine facilement désireux d'en tirer un remake, compte tenu de son fort potentiel en terme d'exportation et du fait que le premier long-métrage de
Juan Felipe Orozco (
Al Final del Espectro) devait à l'origine connaître une relecture américaine produite par
Nicole Kidman.