L'Etrange Festival de Paris vient de rouvrir ses portes avec une première soirée en légère demi-teinte mais qui promet pour la suite.
Reloaded
C'est avec une impatience palpable que le public du Forum des images s'est rendu en nombre à l'ouverture de la dix septième édition de l'Etrange Festival qui ouvrait ses portes vendredi pour le plus grand bonheur de tous les curieux de la planète ciné. L'occasion pour son président Frédéric Temps de remercier les irréductibles fidèles (on les reconnaît) et les partenaires de la manifestation, et qui tenait une fois de plus à souligner la caractère alternatif de l'Etrange, son ouverture sur un aspect du cinéma qui ne cherche pas à tomber dans la marginalité mais qui est prêt à la défendre si besoin est. C'est ce qu'on pouvait aussi retenir de l'amusant discours du trublion
Jean-Pierre Mocky (égal à lui-même), se posant comme un rempart au formatage du système économique et culturel français. Sur ces bons mots les hostilités pouvaient donc commencer.
D'abord avec le détendu du slip
Sucre, court-métrage hollandais de Jeroen Annokkee expliquant comment un cadavre à la morgue a pu se retrouver avec des sous-vêtements de femme coincés au fond du gosier. Une bonne mise en bouche avant le plat de résistance
The Divide de
Xavier Gens qui s'est montré plutôt inconsistant. Cinéma-France avait déjà pu voir le nouvel ouvrage du réalisateur de
Hitman et
Frontière(s) lors du Marché du film de Cannes et n'en était pas ressorti très convaincu. C'est un peu toujours le cas, ce huis clos post apocalyptique voyant une poignée de personnages s'enfermer puis se déchirer dans le sous-sol d'un bâtiment après une explosion nucléaire s'avérant un exercice de style techniquement appliqué (on sent que Gens veut prouver de quoi il est capable avec une caméra), mais totalement froid au niveau de l'émotion et bâti sur un argument de science-fiction légèrement frauduleux censé masquer un scénario extrêmement balisé. Sans être vraiment mauvais,
The Divide se partage entre le bon (la direction artistique) et le moins bon (la direction d'acteur).
Heureusement la légère déception de la soirée n'aura été que de courte durée pour les spectateurs ayant eu la bonne initiative de rester pour
The Woman de
Lucky McKee. Peinture sanglante et impitoyable du conservatisme américain marquant le retour aux affaires de l'auteur du splendide
May (après quelques mauvais coups du sort comme
The Woods et
Red). Suite de
Offspring, le film – par qui le scandale de Sundance arriva - en reprend l'un des personnages secondaires pour mieux bifurquer vers une satire virulente et corsée sur l'idéologie machiste et l'épanouissement féminin. Mené par la prometteuse
Pollyanna McIntosh (qu'on a pu apercevoir dans
Cadavres à la pelle) et l'indispensable
Angela Bettis (la muse de McKee),
The Woman aura a lui seul contenté la mission déviante et irrévérencieuse de ce festival dont la barre qualitative vient d'être mise très haute. On espère que la suite saura se mettre au même niveau.