Avant d'attaquer de front la séance de clôture de cette seizième édition de l'Etrange Festival, il y avait encore quelques Pépites de l'étrange à déguster (
La Vie à l'envers d'
Alain Jessua et La Bonzesse de
François Jouffa dans sa version intégrale) et l'inévitable Retour de flamme animé et accompagné au piano par
Serge Bromberg, qui nous a fait découvrir un sacré chef-d'œuvre oublié du cinéma muet :
Cauchemars et superstitions (
When the Clouds Roll By), première réalisation délirante de
Victor Fleming suivant
Douglas Faibanks dans une rocambolesque comédie dans laquelle un médecin fou (au sens littéral comme nous le dévoilera la fin) travaillant sur la psyché humaine, décide de mener des expériences sur un hypocondriaque superstitieux et ignorant de ce qui lui arrive. Un film de 1919 complètement fou jonglant avec le rêve et la réalité, ainsi que différents genres, et permettant au riant Fairbanks de dévoiler ses aptitudes physiques entre deux séquences romantiques… Une vraie bizarrerie (presque) en avance sur son temps, à découvrir.
Après un rapide bilan de l'édition qui aura battu des records de fréquentations (pas très étonnant vu la programmation résolument tournée vers les avant-premières), toute l'équipe de L'Etrange Festival a laissé la place au palmarès. Celui de la compétition des courts-métrages bien évidemment qui a récompensé du Grand Prix Canal+, l'expérimental
All Flowers in Time de
Jonathan Couette dont l'auteur de ces lignes n'a absolument rien entravé (on mettra cela sur le compte de la fatigue). Le Prix du public est allé à
One Night d'
Alexandra Schepisi, sorte de
Sex and the City trash (le bling-bling en moins) se destinant à évoquer les aléas de la féminité au cours d'une soirée en boîte de nuit qui aurait gagné à avoir une durée plus condensée. D'ailleurs on imagine très bien
One Night passer du format cours au long. Enfin, l'Etrange Festival inaugurait le Prix Nouveau Genre gratifiant l'un des films présentés durant ces dix derniers jours, d'un achat par
Canal + Cinéma et d'une diffusion sur cette même chaine. L'occasion de faire sortir de l'ombre une œuvre peinant à s'échapper des cartons de la distribution française ? Et bien non puisque le groupe n'a pris aucun risque en sélectionnant
Buried de Rodrigo Cortes déjà assuré de sortir dans les salles obscures (sortie le 3 novembre) et d'un futur succès à en croire l'enthousiasme du public partout où il passe. Dommage.
Déception aussi après la projection de
Monsters de
Gareth Edwards qui aura été un non-événement pour les spectateurs qu'on sentait très déçus de ce film pourtant très attendu. Moins la faute à l'œuvre en elle-même qu'à la campagne promotionnelle qui a joué à fond la c
arte du buzz médiatique en nous vendant
Monsters comme le digne successeur de
District 9 alors que ces intentions artistiques sont vraiment toutes autres. Ne vous attendez pas à un actionner façon documenteur blindés d'attaque de gros extra-terrestres belliqueux car il s'agit plus de suivre la relation entre un photographe de guerre et la fille de son patron tentant de rejoindre les Etats-Unis en traversant une zone infectée par des aliens géants s'étant implantés dans la région après la chute d'une sonde de la NASA en plein Mexique. Road-movie sentimental avec du fantastique autour, parabole malhabile et surfaite sur l'immigration clandestine,
Monsters s'avère un bel objet (
Gareth Edwards sait composer un plan c'est clair) dramatiquement pauvre et chiant par moment, handicapé par un script dont on espère pendant 1h40 qu'il prenne son envol… Son atterrissage dans les cinémas français (d'ici la fin de l'année nous a-t-on affirmé) risque fort de faire l'effet d'une baudruche percée.
Ce n'est clairement pas ce film en demi-teinte qu'on retiendra de cet Etrange Festival qui s'est imposé cette année avec une édition riche et plurielle, misant beaucoup sur la diffusion d'œuvres inédites, difficiles à passer (
A Serbian Film), horrifiques, transgressives, sans concessions, mais paradoxalement manquant un poil d'étrangeté. Ce qui ne nous empêchera pas de prendre rendez-vous pour l'année prochaine. Oh que non !