Après une grosse semaine qui aura bien su équilibrer le meilleur et le pire de la sélection, les organisateurs de l'Etrange Festival avaient pour objectif de conclure cette sixième édition avec un week-end chargé en œuvres qu'ils estimaient réussies ou réellement attendues.
La soirée de samedi a commencée avec une petite surprise : le film de science-fiction suisse (on ne rigole pas dans le fond)
Cargo de
Ivan Engler et
Ralph Etter qui n'avait rien de la production miséreuse passant son temps à cacher la maigreur de son budget comme on pouvait le craindre. Le ton ne fut pas non plus à la comédie à l'instar des nombreux exercices nationaux qu'on pouvait admirer durant la période faste des années 60/70. Rien que du très sérieux que ce long-métrage spatial où l'équipage d'un vaisseau faisant direction sur une planète salvatrice (la Terre n'est plus qu'un champ de ruines et l'Humanité s'entasse dans des stations en orbite surpeuplées) et qui doit faire face à une menace inconnue. Un monstre ? Un passager clandestin belliqueux ? Un terroriste en fuite ? La réponse viendra en temps et en heure dans ce film à l'ancienne misant moins sur l'action que sur une ambiance intimiste et travaillée qui ne révolutionnera pas le genre mais constitue la preuve irréfutable qu'on peut faire de la science-fiction européenne tenue sans avoir à trop rougir de la concurrence américaine.

Malheureusement les spectateurs n'étaient pas nombreux pour le constater. Ceux-ci ont préféré témoigner du grand talent du réalisateur
Quentin Dupieux et de son fameux pneu qui tue,
Rubber. On devine que beaucoup étaient là principalement pour apercevoir un Mr Ozio en chair et en os qui a officiellement décliné l'invitation (peut-être pas car on le disait présent parmi la foule anonyme), mais ils ne furent pas déçus par la suite du spectacle. Si on peut l'appeler ainsi. A entendre les rires à répétition de la salle, il n'est pas innopportun d'affirmer que cet OFNI du non sens à l'esthétisme scotchant va laisser une trace durable sur le public. Juste avant la projection de ce non film, le président
Frédéric Temps avait affirmé qu'au moment de découvrir
Rubber, celui-ci s'était dit qu'il venait de trouver le parfait représentant cinématographique de l'esprit de l'Etrange Festival. Une œuvre cumulant les termes iconoclaste, décalé, unique, gore… étrange quoi.
Tandis qu'une partie de l'équipe de Cinéma-France partait s'enterrer pendant une heure et demie avec
Ryan Reynolds, l'autre ravalait sa déception de ne pas assister à la diffusion de
Buried et se rendait gentiment dans la salle qui projetait la pépite de l'étrange,
Le Froid baiser de la mort de l'oublié Mino Guerrini, production italienne de 1966 dans laquelle un taxidermiste enchaîné à sa détestable mère (
Franco Nero par encore sacralisé par
Django de
Sergio Corbucci qu'il tournera la même année), récupère le corps de sa fiancée décédée dans un accident (provoquée) et se lance dans une série de meurtres. Un thriller à l'ambiance gothique forcément sous influence hitchcockienne que la présentation dans une copie très abîmée et dans une version française au doublage maladroit ont rendu davantage hilarante qu'angoissante.