Alors qu'on pensait avoir vu le haut du panier d'une programmation particulièrement riche et variée, l'équipe rusée de L'Etrange Festival nous avait gentiment gardé une partie du meilleur pour la fin.
A peine remis de l'excellent programme de vendredi, c'est avec un peu de scepticisme que nous débutons la soirée en nous dirigeant vers la salle projetant
The Wild and Wonderful Whites of West Virginia un documentaire produit par MTV et les créateurs de
Jackass sur la redoutable famille White, criminels nourris aux médocs de toutes sortes, dont la vision de vie totalement nihiliste explique le comportement. Vivant, en grande partie, dans le comté américain de Boone prés des montagnes Appalaches, la violence dont font preuve les White sont le résultat d'une ville minière sans perspective d'avenir et de divers drames familiaux qui font que la mort prématurée est perçue comme une fatalité. Suivis pendant près de deux ans par le réalisateur
Julian Nitzberg qui connaît la « tribu » depuis 18 ans, les White s'avèrent effrayants mais aussi sensibles quand il s'agit, par exemple, de récupérer un nouveau-né confisqué d'office par les autorités. Alors que la vie de Josco White a été exploitée au cinéma à travers la fiction
White Lightnin', sortie dans les salles en début d'année, ce documentaire passionnant permet de mieux comprendre la révolte qui agite une famille connue comme le point névralgique de tous les excès. La petite salle de cent places étant complète, la projection a été doublée dans la salle concomitante qui a permis à une trentaine de cinéphiles heureux d'assister à la projection. Une autre projection est prévue ce soir à 19h45 (avis aux amateurs !).
The Wild and Wonderful Whites of West Virginia de Julian Nitzberg
Le temps de prendre un café et nous rejoignons la salle de 300 places dans laquelle
Alejandro Jodorowsky clôt sa Carte Blanche en présentant
Miss Mona, un film de 1986 réalisé par
Mehdi Charef. Malgré une mise en scène un peu terne, le métrage reste, encore aujourd'hui, le grand drame désespéré qu'il était lors de sa sortie. Retraçant la solitude de trois personnages -un travesti, un immigré clandestin et un homosexuel attiré par les jeunes- stigmatisés par une société pourtant de gauche,
Miss Mona prouve qu'en vingt-quatre ans, rien n'a vraiment changé pour les minorités marginalisées, la situation s'étant même aggravée –notamment pour les clandestins- depuis l'élection de mai 2007. Nommé aux César 1997 en tant que meilleur acteur,
Jean Carmet ne sera pas récompensé (puisque c'est
Richard Bohringer qui a obtenu la statuette pour
Le Grand chemin) mais sa performance reste inoubliable. On retiendra qu'
Alejandro Jodorowsky a choisi pour sa Carte Blanche, six films de tous temps et de tous horizons qui forme une sélection à l'intelligent éclectisme.
Pour finir la soirée, nous passons dans une salle encore plus grande (la salle 500) pour assister à l'avant-première de
Buried, un thriller claustrophobique espagnol dans lequel un homme (
Ryan Reynolds) se réveille enfermé dans un cercueil. Le réalisateur
Rodrigo Cortez signe, pour son second long-métrage, un thriller hitchcockien à la mise en scène fascinante et dans lequel la tension ne retombe jamais (au contraire celle-ci s'amplifie au fil du temps). D'aucuns considéreront
Buried comme un quasi chef-d'œuvre tant le metteur en scène remporte haut la main le défi qu'il s'est lui-même imposé. Le véritable « must » du programme de la seizième édition de l'Etrange Festival.
Buried de Rodrigo Cortez
Ce soir, c'est la soirée de clôture avec la projection d'une autre avant-première,
Monsters, un métrage anglais que beaucoup de personnes comparent à
District 9, l'un des chocs cinématographique de l'année dernière. Mais on pourra aussi voir quelques « Pépites de l'Etrange » (
La Bonzesse de
Francois Jouffa,
La Vie à l'envers d'
Alain Jessua) ainsi que la seconde programmation de quelques films (
The Wild and Wonderful Whites of West Virginia donc,
Mutant Girls Squad,
The Immaculate Conception of Little Dizzie que nous n'avons, à notre grand regret, pas pu voir, ou encore le documentaire punk
Oil City Confidential). Si vous n'avez pas encore pointé votre nez au Forum des Images, c'est votre dernière chance !