Point limite
Avant d'attaquer le cas de
A Serbian Film projeté devant une audience surabondante et surexcitée à l'idée de voir l'objet interdit qui scandalise le monde du cinéma, la journée à démarré en toute quiétude avec
Fondu au noir de
Vernor Zimmerman, sympathique petit thriller cinéphilique dans lequel un jeune aficionados du 7ème art est conduit à exécuter tous ceux qui l'enquiquine dans sa petite vie de garçon solitaire. En amoureux du cinoche, le jeune homme se doit de passer à l'acte déguisé dans les costumes de ses idoles : de
Richard Widmark dans
Le carrefour de la mort à
Bela Lugosi dans
Dracula… Plus marrant aujourd'hui qu'angoissant,
Fondu au noir mériterait que quelqu'un s'attèle à un remake en bonne et due forme, le pitch de départ restant une ingénieuse idée qui se doit d'être exploitée à fond. Petite curiosité mais pas des moindres : les débuts modestes de
Mickey Rourke de l'époque de sa belle jeunesse.
On dit que le cinéma de genre hexagonal n'intéresse personne. Pourtant il y avait du monde pour découvrir
Captifs de
Yann Gozlan, premier long-métrage enfermant l'actrice
Zoé Félix dans les geôles de vilains voleurs d'organes dépouillant les malheureux de leurs précieux reins, yeux, cœurs … les habitants des Balkans. Ce type de films ayant du mal à s'imposer dans les circuits de distributions traditionnels, la comédienne a de nouveau donné de sa personne en venant défendre son rôle face au public, en compagnie du metteur en scène et du producteur
Thomas Verhaeghe. Après un discours légèrement consensuel, les spectateurs ont pu juger par eux-mêmes du résultat qui s'est avéré non pas méprisable mais gentiment oubliable. La faute à un maque d'ambition et d'idées fraîches que
Yann Gozlan a tenté de justifier de par son goût pour le classicisme. Nous ne sommes pas convaincus.
Et nous l'étions encore moins devant les propos du scénariste
Aleksandar Radivojevic tentant de nous faire croire que derrière le défilé de violence de
A Serbian Film se cachait un véritable fond et une émotion. Une fois l'objet du délit achevé, force est de constater que cette justification n'est qu'une excuse minable pour cautionner des séquences chocs tellement et immodérément gratuites dans leur extrémité qu'elles obtiennent l'effet contraire. Plus grotesque que véritablement choquant, plus risible qu'angoissant,
A Serbian Film n'est rien d'autre qu'une manigance afin de diriger la lumière des projecteurs sur lui. Car dénué de ses « moments de bravoures » pas sûr que beaucoup de monde lui aurait porté un intérêt aussi grandissant. Toutefois nous ne ferons certainement pas parti des personnes estimant qu'il faut interdire à tout prix le film. La liberté d'expression vaut pout tout un chacun, y compris pour ceux ouvrant leur gueule pour ne rien dire. C'est l'une des missions de l'Etrange Festival que d'ouvrir les débats sur des longs-métrages marginalisés et la manifestation a parfaitement joué son rôle de médiateur lors d'une séance de questions/réponses avec Radivojevic sur laquelle nous avons été obligé de faire l'impasse. De toute façon, la seule interrogation qui nous brûlait les lèvres n'était pas pour ce monsieur mais pour
Gaspar Noé qui n'a pas failli à sa réputation en assistant à la diffusion de
A Serbian Film. Alors qu'est ce que le réalisateur d'
Irréversible et
Enter the Void en a pensé ?