Les racines du mal
Après sa pause musicale du lundi, L'Etrange Festival repartait de plus belle dans un climat de protestation sociale qui ne s'est pas trop fait sentir sur la fréquentation. Avant la projection de l'attendu
Le Dernier exorcisme de
Daniel Stamm, produit par
Eli Roth venu en personne promouvoir le film en compagnie du réalisateur, c'est
Délivrez-nous du mal d'
Ole Bornedal qui a ouvert le bal dans la grande salle du Forum des Images, devant une assistance très espacée dirons-nous.
Cela n'a pas empêché Fausto Fasulo, rédacteur en chef de Mad Movies, de défendre ce
Chien de paille danois qu'il avait découvert en 2008 à l'occasion du Marché du Film de Cannes et de nous faire part de son étonnement devant l'indifférence rencontrée par cette œuvre qu'il juge à la hauteur d'une sélection officielle. Un avis sur lequel nous nous rangeons avec vigueur tant
Délivrez-nous du mal est belle claque reçue en pleine tronche venant d'un metteur en scène dont on attendait plus rien il faut bien l'avouer. Entre drame européen et genre américain, le film est une détonante dénonciation de la xénophobie que le réalisateur choisi de styliser à outrance pour mieux dégommer la société de son pays au travers d'une population soule et raciste désirant lyncher un immigré qu'ils accusent de la mort d'une vieille dame qu'un camionneur faisant parti de leur bande à fauché avec son camion. Entre le siège d'une maison (beaucoup trop court) et une scène de viol,
Délivrez-nous du mal aurait dû sortir dans nos sales depuis bien longtemps. Mais on le sait, il y a quelque chose de pourri dans la distribution française.
On attendait également un autre électrochoc cinématographique en fin de soirée avec
Nous sommes ce que nous sommes de
Jorge Michel Grau montré devant une foule beaucoup plus courageuse devant la grève des transports ou bien plus intéressée par la production mexicaine que danoise. Malheureusement, ce drame familial suivant les déboires d'un clan de cannibales après la mort du patriarche ne nous a pas autant convaincu que les très flatteuses éloges qu'a pu en faire l'Etrange Festival quelques minutes avant sa diffusion. Proche d'une même veine que
Morse de
Thomas Alfredson,
Nous sommes ce que nous sommes évolue dans une forme trop déséquilibrée (entre violence frontale et humour noir) pour convaincre pleinement, même si l'impeccable interprétation générale, une belle fable sur l'exclusion et un fin transgressive à souhait font du film (présentée auparavant à la Quinzaine des réalisateurs) une curiosité qui mérite un minimum d'attention.
Entre ces deux nouveautés, nous nous sommes rendus à l'avant dernière c
arte blanche d'Alejandro Jodorwski qui a une fois de plus a amusé la foule avec son discours introductif aux deux œuvres choisies : le court-métrage
Aftermath de l'espagnol
Nacho Cerdà et le moyen-métrage
L'inconnu de
Tod Browning. C'est le second qui a eu les honneurs d'être le premier présenté : une efficace histoire d'amour tragique dans laquelle un faux manchot lanceur de couteaux (
Lon Chaney) tente d'obtenir l'affection de la fille du propriétaire d'un cirque manouche (
Joan Crawford) que les mains des hommes révulsent au plus haut poing.
L'inconnu vaut surtout pour l'association du réalisateur du futur
Freaks – La Monstrueuse Parade avec son comédien fétiche, le transformisme Lon Cheaney livrant là l'une de ses plus belles prestations, et pas que physique. Quant à
Aftermath, Jodorowsky n'a pu que s'excuser d'avoir obligé les gens à regarder cette œuvre radicale jusqu'au-boutiste sur la mort et la nécrophilie où
Nacho Cerdà scrute avec une incroyable précision chirurgicale (ceux trouvant insoutenable les autopsie des
Experts ne serons pas au bout de leur peine) la dissection d'un cadavre victime d'un crash automobile allant recevoir toute l'affection de son chirurgien aux goûts déviants. Une véritable œuvre d'art macabre pour ceux qui n'ont pas regardés leurs pieds pendant la demi-heure de supplice.