Alors qu'en deux jours, L'Etrange Festival nous a d'ores et déjà régalé de films très rares (
Thriller,
Adieu Afrique) ou d'inédits (
Four Lions,
Bedevilled,
Proie…), la manifestation qui n'en est encore qu'à ses prémisses a choisi, ce dimanche, de privilégier les films encore inédits sur le territoire hexagonal. C'est ainsi qu'en fin d'après-midi, nous avons pu assister à la première française de
Pontypool, un petit thriller horrifique, drôle et bougrement efficace avec
Stephen McHattie (vu entre autres dans
A History of Violence,
Watchmen ou
2012) qui devrait prochainement sortir en DVD chez
Opening. Bonne nouvelle que cette sortie « direct to video » tant ce film en huis-clos (rappelant dans sa construction les
John Carpenter des années 80) repose sur une idée brillante dont on ne vous dira rien sinon qu'elle est l'œuvre du romancier
Tony Burgess (à ne pas confondre avec
Anthony Burgess, l'auteur d' "Orange mécanique"). On vous en parlera davantage prochainement lors de la parution de la critique mais cette panique paranoïaque au sein d'une petite station de radio locale vaut largement le coup d'y jeter un œil.
On passe de la salle 500 à la salle 300 pour voir ce que vaut
Bibliothèque Pascal, un film hongrois qui prouve que la vitalité du cinéma d'Europe centrale ne se résume pas à l'indéniable talent de
Bela Tarr et qu'il doit compter avec une nouvelle génération de réalisateurs dont
Szabolcs Hajdu. Parfaitement à sa place dans la programmation de L'Etrange Festival, ce métrage magyar fait preuve d'une invention scénaristique et visuelle hors-pair et brouille les limites entre le fantasme et la réalité jusqu'à perdre le spectateur dans une spirale vertigineuse. De l'histoire simple d'une mère qui veut récupérer son gamin placé dans une institution après une plainte déposée par l'association de défense des enfants,
Bibliothèque Pascal s'égare brillamment dans une histoire des plus rocambolesques dans laquelle l'héroïne se retrouve prostituée dans un night-club très spécial puisque les esclaves sexuels y sont tous déguisés en personnages de la littérature (Jeanne d'Arc, Dorian Gray, Pinnochio…). Bien qu'il manque parfois de rythme, ce film politiquement engagé séduit par la poésie et l'onirisme qui s'en dégage. On espère vivement que le film trouvera un distributeur français car il serait dommage de passer à coté de ce petit bijou mêlant réalité sociale d'un pays et fantastique.
Pour terminer la journée, une grande partie de la communauté gay parisienne (mais pas que) s'était donnée rendez-vous au Forum des Images pour y découvrir le nouveau métrage de
Bruce LaBruce,
L.A. Zombie. C'est donc devant une salle archi-comble de plus de 400 places que l'icône gay et porn-star
François Sagat est venu présenter le film avec l'aide très accessoire de
France de Griessen qui en a profité pour faire un peu de buzz autour de son dernier clip « I want to be you » visible sur les sites de vidéos habituels (le clip est réalisé en un seul plan par
LaBruce qui filme
François Sagat dans un état plutôt dépressif). L.A. Zombie est, quant à lui, une véritable déception, le réalisateur canadien perdant de films en films, tout le charme de
Husthler White, le métrage qui l'a fait connaître en France.
L.A. Zombie n'est en fait qu'un long clip d'une heure dans lequel un ancien SDF se retrouve transformé en mort-vivant, erre dans un Los Angeles désolé et désolant et ranime de temps à autre les morts accidentés en leur plantant son long pieu dans les entrailles avant d'éjaculer du sang sur leur visage et leur corps body-buildé.
Il était normal que L'Etrange Festival qui suit le parcours cinématographique de
Bruce LaBruce depuis plus de dix ans, présente cette année son nouveau film et, même si le metteur en scène n'a pas usurpé son statut d'auteur trash et gore, on peut rester dubitatif devant ce mélange de sexe et de sang ennuyeux, répétitif et vain.
François Sagat est courageusement resté après la projection pour discuter avec le public et parler notamment de sa participation au prochain film de
Christophe Honoré,
Homme au bain qui sortira le 22 septembre.
Aujourd'hui, pas de projection mais une soirée « L'Etrange Musique » se déroulant à La Machine du Moulin-Rouge (boulevard de Clichy) avec les groupes
kni Crik (mélange de chants tribaux d'indiens d'Amérique et de punk minimaliste),
Alec Empire (électro-punk allemand) et
The Pop Group (pionnier du hip-hop industriel qui se reforme après trente ans de silence).