Les Promesses de l'ombre
Et hop, à peine remis de la programmation de samedi, l'Etrange Festival enchaîne sur une nouvelle journée qui s'annonçait particulièrement salivante. A tort ou à raison ?
Présent toute la soirée de samedi,
Nicolas Winding Refn est revenu le lendemain pour introduire le dernier film de sa carte blanche,
Le Roman de Mildred Pierce de
Michael Curtiz dans une petite salle dans laquelle ne se sont pas bousculés les spectateurs. Y voyant là un signe supplémentaire de la mort du cinéma (non sans une grosse pointe d'humour), le réalisateur s'est acquitté de sa tâche comme il se doit avant de repartir rejoindre illico son confrère
Alejandro Jodorowsky lui ayant fait l'honneur de sélectionner son dernier long-métrage
Le Guerrier silencieux dans son propre cycle. Une rencontre qui valait forcément le coup d'œil selon certaines sources, car Cinéma-France n'était malheureusement pas dans l'assistance, faute d'avoir déjà défendu avec hargne ce trip mystique et viking avec le grandiose
Mads Mikkelsen lors de sa sortie française voici quelques mois.
Nous sommes donc resté à la diffusion du
Roman de Mildred Pierce (adapté d'un roman de James M. Cain qui doit faire l'objet d'une nouvelle transposition chez HBO avec
Kate Winslet), afin de comprendre un tel choix qu'on attendait pas forcément dans une manifestation comme L'Etrange Festival. Certes, ce classique hollywoodien tourné en plein âge d'or du cinéma américain vaut assurément d'être (re)vu tellement tous les éléments qui le compose sont au diapason (pourtant sa gestation ne fut pas une sinécure). A commencer par une
Joan Crawford tout simplement irradiante qui n'aura pas volé son Oscar. C'est sans doute son aspect « d'œuvre traditionnelle » qui a justement rebuté le public des lieux, préférant peut-être assister à la présentation d'une œuvre davantage transgressive ou simplement plus iconoclaste. On peut les comprendre même si ce magnifique drame policier qu'est
Le Roman de Mildred Pierce conserve toute notre affection.
Si cela ne se bousculait pas au portillon de la dernière carte blanche de Winding Refn, celle d'Alejandro Jodorowski a connu un sort tout à fait différent. Il faut dire que notre mexicain (jovial et sympathique) à su vendre le thriller inédit
No Mercy de
Kim Hyeong-Jun qu'il décrivait comme un summum de cruauté mentale dépassant celle de
Old boy. Il n'en fallait pas plus pour que les festivaliers remplissent tous les sièges de la grande salle du Forum des Images dans l'espoir d'y découvrir une nouvelle bombe de la production coréenne. Deux heures plus tard, le constat n'est pas aussi enthousiaste qu'on pouvait l'espérer. Cruel, impitoyable et machiavélique,
No Mercy l'est assurément lorsqu'il narre l'affrontement entre un médecin légiste et un tueur psychopathe mis sous les verrous qui a enlevé sa fille dans l'intention qu'il l'aide à le libérer et d'assouvir une vengeance de longue haleine. Long-métrage commercial efficace, il prouve une fois de plus que la production du pays du matin calme peut aisément battre Hollywood sur son terrain de prédilection par des sujets frontaux ne prenant aucunes pincettes avec la morale et ses personnages. On refrénera l'enthousiasme de Jodorowsky en affirmant que malgré ses qualités, le film ne peut cacher sa trop grande prédisposition à évoluer sur des sentiers déjà empruntés par d'autres. Très bon moment de cinoche,
No Mercy fait tout de même office de micro déception.
On préférait subir d'autres déconvenues de ce type plutôt que de supporter la désillusion qui fut la notre devant
Survival of the Dead de
George A. Romero, dernier volet de la saga zombiesque suivant le personnage secondaire du militaire pilleur dans
Diary of the Dead, réfugié sur un île où deux clans influents se disputent le contrôle du territoire. L'un veut achever les morts-vivants, tandis que l'autre veut les épargner dans l'espoir de trouver un remède ou une autre source de nourriture que celle de la chair humaine. Les organisateurs de l'Etrange Festival ont eu beau essayé de défendre le film devant une salle timidement nombreuse, rien n'y a fait,
Survival of the Dead est un quasi nanar fauché dans lequel le réalisateur se rend coupable d'un grand massacre parodique de la saga qui fit sa légende, sous couvert d'un second degré gênant et d'une parabole politique grossière qui n'est pas s'en rappeler le propos du
Village de
M. Night Shyamalan. Assurément, l'épisode de trop.
Le temps de faire une pause musicale en ce lundi et la sélection filmique de L'Etrange Festival reprendra de plus belle. On continue d'être motivé et sur le qui-vive.