Make your choice
Comme le disait Néo dans
Matrix Reloaded, tout tourne autour de la question de choix. Et de choix il y en avait beaucoup lors de cette deuxième journée de l'Etrange Festival. Même un peu trop. Faire sa sélection parmi l'abondante programmation et dispatcher les films au sein de notre équipe fut une réelle gageure pour les cinéphiles que nous sommes. Il était donc clair que tout ne pourrait pas être vu étant donné la complexité des agencement des séances qui là encore nous obligea à prendre des décisions irrévocables.
La carte blanche de
Nicolas Winding Refn (
Bronson) en est le plus symptomatique des exemples de la soirée. Si vous comptiez aller voir dans son intégralité le très beau documentaire aux accents mondo (ou shockumentary)
Adieu Afrique de
Gualtiero Jacopetti et
Franco Prosperi, il fallait manquer le début du polar italien
La Cité de la violence de
Sergio Sollima. En optant pour ce dernier, vous ratiez indéniablement la projection de l'atmosphérique
Vampyr de
Carl Théodor Dreyer présenté à la même heure mais dans une salle différente. Enfin, la vision très attendue par le public de
Thriller (connu en France sous le titre
Crime à froid) de
Bo Arne Vibenius, nous prive de celle de l'alléchant
Mutant Girl Squad de
Noboru Iguchi,
Yoshihiro Nishimura et
Tak Sakaguchi. C'est embêtant c'est sûr, or qu'est ce qui est le mieux ? Ne pas avoir un programme éclectique et se réfugier dans une séance par défaut ou prendre de son plein gré le meilleur du menu en laissant le reste de côté ?
Passons sur ses problèmes d'agencements et revenons sur les œuvres suscitées. Présenté comme un portrait insoutenable du continent africain colonisé entre les années 50 et les années 70,
Adieu Afrique n'avait pas forcément besoin d'avoir « le cœur bien accroché » pour s'admirer. Certes la violence de certaines tueries (humaines ou animales) est frontale, de là à parler d'images intolérables, il y a un pas que nous ne franchirons pas. D'autant plus que cette opposition entre l'extrême beauté d'une nature sauvage et millénaire en train de disparaître de par la main de l'homme, et l'impitoyable et sanglante barbarie des guerres de pouvoirs permet de régulièrement désamorcer le trop plein d'horreurs. A l'instar des commentaires délicieusement cyniques et sarcastiques du narrateur venant apporter une lecture politique humoristique appréciable.
Drôle l'était également
La Cité de la violence, non complètement par le film en lui-même mais par l'iconoclaste version française diffusée hier dont le côté très bis des dialogues se montrait parfois tordante à écouter. L'aspect cramoisi et vieilli de la copie en rajoutait davantage dans cet esprit gentiment moqueur et convivial de la salle. Il faut dire que passé ces « aléas » de la technique, le machisme et la misogynie émaillant la vengeance d'un
Charles Bronson tueur à gage monolithique contre ceux l'ayant fait enfermé dans une prison sud-américaine n'a pas aidé. Malgré cela,
La Cité de la violence demeure une bonne série B de l'époque, simple, efficace, dotée de quelques séquences à retenir et d'une bande originale labellisée
Ennio Morricone. Donc forcément entêtante et inoubliable.
C'est une tout autre ambiance qui attendait les spectateurs de
Vampyr (présentée dans sa version allemande), l'un des plus importants ouvrages cinématographiques consacré à la figure du nosferatu, détenteur d'une ambiance quasi unique et des trouvailles visuelles mémorables obtenues grâce à l'évolution technique (impressionnante en 1932) aussi bien sonore qu'optique. Qui ne se rappelle pas ce plan subjectif d'un mort sur le point d'être enterré ? Pas nous.
Depuis la sortie de
Kill Bill,
Crime à froid est devenu un film dont on parle beaucoup car on sait qu'il a énormément influencé
Quentin Tarantino pour construire les aventures de The Bride. D'ailleurs on a pu constater que si on a énormément évoqué le cas de ce « Rape & Revenge » danois, peu de gens on vraiment eu l'occasion de le voir,
Crime à froid restant une perle rare quelque soit le format. Dire alors que sa diffusion en copie intégrale a suscité un grand intérêt n'est pas un doux euphémisme. Deux éléments le prouvent. 1) la salle pleine à craquée 2) le fait que toute l'équipe de Cinéma-France s'est réuni pour l'événement, obnubilant ouvertement son devoir envers les autres projections d'à côté pour enfin voir cet objet de tous les désirs (pardon pour cette faute professionnelle cela ne se reproduira plus… normalement !). Soyons honnêtes : si ce thriller revanchard et féministe nous à globalement emballé du fait de sa place séminale dans le genre (posant des règles auxquelles il est encore aujourd'hui difficile d'échapper) et du charme iconique transcendant de la belle Christina Lindberg, il fait avouer que tout n'est pas irréprochable. Loin s'en faut. Passionnant dans le fond (une jeune fille muette, prostitué de force et fait borgne décide de se vengeur de ses clients et kidnappeurs), ce thriller tourné par un ancien assitant d'Igmar Bergman se révèle très limité dans la forme ne valant pas mieux qu'un porno danois des seventies accumulant les fautes de mise en scènes et plusieurs aberrations scéniques. Reste quelques hyper ralenti saillants (d'autres prêtant plus à sourire) et une ambiance érotique dérangeante qui font de
Crime à froid un petit incontournable du 7ième art.
Et ce n'était qu'une partie du programme de cette journée qui rappelons-le n'était que la deuxième sur les dix journées que compte l'Etrange Festival. Du choix il y en a eu aujourd'hui, du choix il y en aura demain, et après-demain et ainsi de suite.