On le sait achever une série comme il se doit, ne passe pas pour un exercice des plus aisés. Tout bonnement parce que les scénaristes se doivent de mener à terme différents objectifs sous peine de susciter la déception des fans : dénouer tous les enjeux dramatiques en courte ou longue date, terminer sur une apothéose, laisser le temps aux spectateurs de faire leurs adieux avec des personnages auxquels il se seront attachés pendant plusieurs années...
Pour les adeptes de
The L Word cette affection a pris forme depuis six ans et ne s'est pas effiloché de saison en saison, le show lesbien d'
Ilene Chaiken (appelons-le maladroitement ainsi) s'étant montré un modèle de régularité qualitative, presque toujours propice à renouveler un postulat qu'on aurait pu croire étriqué. Bien plus qu'un soap (ultra sexy) sur une communauté homosexuelle qui aura permis de faire sauter nombres de clichés embarrassants et pas mal de tabous,
The L Word est finalement davantage une plongée à la fois drôle, tragique et sans fard dans la jungle huppée de Los Angeles présentée comme une espèce de cité du matérialiste et du nombrilisme clinquant. Qu'il s'agisse de la marre aux requins d'Hollywood, du monde de la mode, de l'art, des boîtes de nuits…
L'une des grandes prédispositions de la série aura été de parler de problèmes de sociétés sans (trop) se positionner tel un programme militant et revendicateur. Sa créatrice ne juge pas « ses » filles, laissant le soin au public de critiquer ou d'accepter les choix de Bette, Alice, Shane et toutes les autres. Si Chaiken porte inévitablement un regard tendre sur elles cela ne veut pas dire qu'elle ne peut pas se montrer aussi impitoyable : en témoigne la longue déchéance de l'incontrôlable et autodestructrice Jenny Shecter, qui dans cette ultime saison (découlant des évènements des épisodes précédents) devient le point central du récit autour duquel va graviter tout ce petit monde… jusqu'à l'inévitable point de rupture partiellement dévoilé en introduction.
Quoi de plus normal de terminer
The L Word sur Jenny puisque c'est justement par elle que le spectateur a pénétré (sans mauvais jeu de mot) dans le monde de ses attachantes copines (mais très snobs il faut l'avouer) qui seront amenés à continuer leur chemin malgré sa disparition programmée servant de fil conducteur aux huit derniers épisodes sur lesquels souffle un léger vent d'Agatha Christie façon «
Dix petits nègres ». Plutôt maligne cette imbrication dans le genre policier ne s'avère au final pas totalement payant au moment des au revoir. D'un ton très proche des saison précédentes, cette dernière salve ne prend finalement forme qu'à partir de l'avant-dernier épisode – agréable huis clos se permettant quelques brins de folie et de liberté – ce qui paraît d'emblée trop volage. L'autre erreur de cette sixième année (et qu'on a pu constater chez d'autres séries cultes telle
Oz par exemple) est de développer plusieurs sous intrigues de dernière minute alors que le compte à rebours a déjà commencé. On retiendra surtout l'apparition du travesti Sunset Boulevard confirmant une fois de plus que les hommes ont rarement trouvé une place conséquente ou digne de choix dans
The L Word.
Non sans défauts et une légère insatisfaction devant une conclusion oscillant entre grandiose et queue de boudin, le terminus de
The L Word se révèle suffisamment satisfaisant et constitue une véritable chance pour la série. N'oublions que d'autres toutes aussi importantes n'ont pas connus les joies et honneurs d'un achèvement dans les règles de l'art (cf.
Deadwood).
Signe que la série tire sa révérence, le coffret dvd se voit enfin attribuer quelques bonus (vaut mieux tard que jamais). La satisfaction est de courte durée, l'interactivité se réduisant à deux modules dont la durée ne dépasse pas les vingt minutes. Le premier se concentre sur le climax qui en a décontenancé plus d'un tandis que le second ausculte les impressions des comédiennes par rapport au tournage du marathon de danse de l'épisode 7. Dans les deux cas, les témoignages et propos des intervenants se contentent généralement d'une simple paraphrase de l'intrigue. Autant que cela s'avérait inutile. Heureusement, cette édition compense par les qualités techniques qu'on pouvait déjà constater antérieurement.
Disponible dès le 25 août chez MGM/PFC
Prix indicatif : 39,99€ le coffret
>Retrouvez ci-dessous les captures d'écran du DVD.