Deux ans après le renommé
American Beauty,
Sam Mendes créait la surprise et démontrait toute la pluralité et l‘éclectisme de son talent avec
Les Sentiers de la perdition. Une adaptation de la bande dessinée de
Max Allan Collins et
Richard Piers Rayner ( un hommage avoué au
Lone Wolf and Cub, déplacé dans l'Amérique des années de la prohibition) que beaucoup n'attendaient pas d'un réalisateur catalogué dès son premier long-métrage comme un simple explorateur des failles de l'American Way of Life. Si cet aspect constitue certainement l'axe central de sa jeune filmographie (l'antithèse
Les Noces rebelles/
Away We Go était récemment là pour le confirmer), il n'en est pas l'unique. Tel un
James Mangold mettant son solide savoir-faire au service d'une grande diversité de productions, le réalisateur aime à investir des genres aussi différents qu'ultra codifiés pour mieux les détourner de façon à donner corps à sa réflexion.
Cela est vrai pour
Jarhead - La Fin de L'innocence (un récit de guerre dépourvue de la moindre scène de guerre il fallait oser) et
Les Sentiers de la perdition qui est moins un film de gangster chargé en émotion qu'une grande tragédie grecque dans le milieu du gangstérisme. Cela se ressent nettement dans la fabrication des fusillades, presque ou jamais traitées sur un schéma de séquences d'action mais bel et bien sur la retranscription émotive d'un des personnages : ainsi lorsque le jeune et innocent Michael Jr assiste au meurtre d'un mafieux (qui va être le détonateur de tout l'intrigue du film), c'est avec un long ralenti suivi d'un hors-champs justifié (de là où il est positionné il ne peut pas tout voir). Lors des deux affrontements entre Michael O'Sullivan (
Tom Hanks) et l'homme de main psychopathe chargé de le réduire au silence (
Jude Law), nous assistons à un combat entre deux tueurs professionnels, il est donc logique que les scènes s'axent sur un montage neveux et brutal. Quoi de plus normal alors que la mise à mort du vieux John Rooney (le souverain
Paul Newman) se déroule dans un calme paisible et pacifique pendant un majestueux travelling latéral destiné en entrer dans les annales du 7ième art (si ce n'est pas déjà fait) ; puisque celui-ci accepte le châtiment divin se matérialisant au travers de la vengeance de son fils spirituel.
La relation père/fils est au cœur même des
Sentiers de la perdition trouvant sa dynamique dans un triple jeu de miroirs déformés (Michael Jr/ Michael – John Rooney/ Connor - /Michael Rooney) complexifiant agréablement le manichéisme habituellement inhérent à ce type de récit rédempteur qui aura rarement trouvé un modèle aussi bouleversant. On imagine alors sans problèmes dans quelle direction
Sam Mendes aurait mené l'agent 007 s'il avait pu conduire le vingt troisième épisode (rien n'est encore perdu) d'une franchise de plus en plus attachée à fouiller les zones sombres de son héros
Daniel Craig, ici à des années lumières du rôle qui allait l'asseoir en tant que star internationale. Qui l'aurait crû en 2002 ?
Alors que pour des rééditions sur le disque bleu, les éditeurs se contentent généralement de reprendre l'interactivité déjà existante de l'ancien format, celui des
Sentiers de la perdition se propose de rajouter un module de taille à un menu bien fourni dès le départ : ainsi en plus du commentaire audio, d'un making-of signé HBO, de scènes coupées intéressantes avec ou sans les explications du réalisateur (notamment celle faisant apparaître Al Capone sous les traits d'
Anthony LaPaglia) et tous pleins de petits modules sur tous les aspects techniques de l'œuvre, on trouve un documentaire de bonne facture sur la carrière exemplaire de
Conrad L. Hall, s'étant achevé avec un Oscar posthume amplement mérité.
D'ailleurs dans une brève introduction réalisée spécialement pour le Blu-Ray,
Sam Mendes lui rend une fois de plus hommage à
Conrad L. Hall et à son travail magnifié selon lui par les bienfaits de la haute définition. Nous partagerions le même enthousiasme si la copie proposée ne se montrait pas un chouia décevante. Certes le transfert est bien sous tous rapport, le piqué de l'image est affuté, la colométrie respecte scrupuleusement les choix artistiques du directeur de la photographie, le grain cinéma est présent sans amoindrir la précision de l'ensemble… mais avec les qualités plastiques qui sont celles des
Sentiers de la perdition, il faut avouer qu'on attendait pas moins que LA perfection. Surtout que globalement le film est encore très jeune. Pourtant, le master employé aurait mérité un petit nettoyage qui donnerait toute sa pleine mesure à un contraste minutieusement géré et des noirs manquant d'un poil de profondeur. Dans tous les cas, le rendu final convaincra tous ceux désirant s'offrir le film dans les meilleures conditions de visionnage possibles actuellement. Pour le son, aucune déception en vue, la version originale en DTS HD-Master Audio est un total ravissement pour les plus fines oreilles. Dès les premières notes de l'excellent score de
Thomas Newman, on est submergé par l'ambiance à la fois torturée et délicate du film et ce jusqu'à la fin grâce à une spatialisation s'avère tout bonnement envoûtante. A côté, la VF et son simple DTS fait grise mine même si au-delà des inévitables pertes de débits, il se montre parfaitement à la hauteur de ses fonctions.
Disponible depuis le 16 juin chez FPE
Prix Indicatif : 19,99€ le Blu-Ray + le dvd