Aussi palpitante fut la version tronquée de
Les Trois royaumes, il était clair que le public occidental n'avait eu droit qu'à une bande-annonce grand format ne mettant l'accent que sur l'action, dissimulant en son sein une œuvre beaucoup plus vaste dans son montage chinois. Si une demie heure supplémentaire suffit à rendre définitif les trois
Seigneur des anneaux, si quarante cinq minutes de rajout font passer
Kingdom of Heaven du statut de blockbuster boiteux à celui de grande épopée, alors il était permis d'imaginer qu'avec 2h25 supplémentaires (soit une durée double !) et une division en deux parties, le film de
John Woo n'en serait que transfiguré, amélioré, magnifié. Et bien évidemment ce qui devait arriver, arriva :
Les Trois royaumes n'est ni plus ni moins que le chef-d'œuvre épique de son auteur que ses fans espéraient depuis longtemps.
Si comparé à la version courte, l'on perd un certaine directivité de l'action,
Les Trois royaumes tel que son auteur l'a imaginé ne présente que des avantages : la partie 1 examine plus en profondeur la psychologie des personnages dont on saisi mieux les choix et gagne en lisibilité dans la mise en place de l'affrontement final. Pour la partie 2, c'est l'espionne Sun Shangxiang (Vicki
Zhao Wei) qui tire son épingle du jeu. Jouant les protagonistes outils dans le précédent montage, la jeune sœur de l'empereur Sun Quan (
Chang Chen) s'octroie désormais une place de grande importance notamment à travers sa romance platonique avec un soldat du clan adverse récemment promu au rang de lieutenant, qui ajoute un peu d'humour et un regain d'émotion à l'ensemble. Quant aux généraux de Liu Bei (
You Yong), leurs caractérisations se voient renforcées au travers de quelques combats mano à mano bien sentis. Ce ne sont que des exemples parmi d'autres (on remarque des séquences montées différemment) ne faisant qu'en renforcer l'ampleur pour lui donner la taille d'une épopée flamboyante brillant par son humanisme.
Car le cinéma de
John Woo n'est pas qu'une affaire de combats et de violence graphique, c'est avant tout une histoire de cœur, d'amitié masculines et de sentiments nobles incarnés par des héros à l'indéfectible droiture, figures historiques légendaires et héritiers d'une tradition millénaire que le cinéaste avait autrefois délocalisés dans le polar hard-boiled pour aujourd'hui leur faire retrouver leur place dans la fresque chevalière. En cela,
Les Trois royaumes est un vrai film d'auteur, celui d'une personne qui après des années d'exil en Amérique - n'ayant pas toujours donné que du bon - revient dans sa contrée endurcie par l'expérience hollywoodienne dont il garde le meilleur à retenir et artistiquement requinquée par une liberté de création que lui offre le gouvernement chinois (oui c'est assez paradoxal mais c'est comme ça).
Condamné il y a encore quelques années à se parodier, lui et ses effets de mises en scènes au pays de l'Oncle Sam, aujourd'hui
John Woo s'est littéralement réapproprié son style pour le faire évoluer dans un genre cinématographique qu'il n'avait plus approché (seulement caressé) depuis trop longtemps. Il n'y a qu'à voir l'utilisation de la colombe, devenu un usage grotesque dans
Paycheck et qui dans
Les Trois royaumes va jusqu'à trouver une fonction narrative. Alors quand s'adjoint à cette renaissance, un spectacle hors-norme parsemé de scènes d'anthologies toutes plus dingues les unes que les autres, on se dit que l'attente valait la peine d'être endurée.
Mille fois seront récompensés seront ceux ayant eu la patience d'attendre l'arrivée de la version longue car techniquement le Blu-Ray se montre hautement digne de notre envie de goûter au film dans les meilleures conditions possibles. Armée d'un transfert AVC d'une propreté immaculée, la copie est tout simplement merveilleuse. Qu'il s'agisse des plans d'ensemble ou du plus fin gros plan, la définition se montre irréprochable (au pire notera-t-on quelques plans moins précis sur la seconde partie). Le contraste et la colométrie ne sont pas en reste, recréant toutes les variations de teintes qu'on avait peu constaté en salles.
Attention à bien contrôler le volume sonore de votre installation home cinéma car mal réglé, vos voisins croiront qu'un cataclysme survient à côté, tant les deux pistes 5.1 DTS HD Master Audio présentent sur le(s) disques(s) (en mandarin et en français) donnent une ampleur aux déferlements de bruits qui scotche sur le canapé. Une manière de plonger un peu plus dans le cœur de l'action. Vous l'aurez compris,
Les Trois royaumes se pose d'emblée comme un disque idéal pour tester votre matériel. Notons qu'il s'agit du premier passage à la HD de l'éditeur HK vidéo. Pour un galon d'essai c'est une belle réussite véhicule de solides promesses pour le catalogue à venir.
Si
Les Trois royaumes avait arboré la nationalité américaine, l'interactivité de cette édition aurait sûrement regorgé de making-of et autres documentaires revenant en abondance sur tous les aspects de la production (costumes, décors, tournage, chorégraphies des batailles etc) et sur les défis que représentait la mise en chantier du film qui demanda pas moins de deux ans de préparation. En l'état, l'acquéreur de cette édition devra se contenter de trois interviews de
John Woo éclipsant les questions fondamentales que n'importe quel fan de base aurait souhaité connaître. Dans ce discours gentiment propre sur soi, on retiendra principalement sa volonté affichée de rendre hommages à ses pairs
Akira Kurosawa,
David Lean et
Stanley Kubrick. Dans le reste des entretiens des principaux comédiens prédécoupés dans un format promotionnel pour la télévision, en revanche il n'y a rien d'absolument nécessaire à retenir. On se reportera avec beaucoup plus de curiosité sur la bande-annonce du
Ip Man de
Wilson Yip et sur les deux livrets de 24 pages chacun. L'un contenant un court texte sur les origines de l'histoire des
Les Trois royaumes, l'autre n'étant constitué que de photographies (magnifiques à n'en pont douter). Malgré la pauvreté des modules (identiques à ceux du dvd), l'achat demeure indispensable tant l'essentiel est là.
Disponible depuis le 13 avril chez Metropolitan/HK Vidéo
Prix indicatif : 24,99€ le blu-ray / 39,99 € le coffret. Egalement disponible en DVD.