Après avoir assisté à une représentation privée du « Volpone » de
Ben Jonson au théâtre Fenice de Venise, Cecil Fox (
Rex Harrison) décide d'engager un secrétaire particulier (
Cliff Robertson) pour jouer un tour à trois de ses anciennes maitresses : la vedette de cinéma Merle
McGill (Eddie
Adams), la princesse
Dominique (
Capucine) et une milliardaire, Mrs Sheridan (
Susan Hayward). Se faisant porter à l'article de la mort, les trois femmes et
Sarah (
Maggie Smith), l'infirmière de Mrs Sheridan, accourent au palais vénitien du bien nommé Fox pour s'y disputer sa fortune. Après l'assassinat de Mrs Sheridan, seule légataire légale du riche héritage, les esprits s'échauffent et les coups de théâtre se multiplient. Mais le plus malin ne sera pas celui qu'on croit…
Sortie le 25 février 2010
Amputé une première fois par les producteurs puis une seconde fois par les distributeurs américains qui jugeaient le film trop long et trop bavard (au total plus de vingt-cinq minutes seraient restées inédites),
Guêpier pour trois abeilles n'en reste pas moins une œuvre brillante, drôle, noire et ironique sur les méfaits que procure l'appât de l'argent sur les esprits cupides.
Variation sur le « Volpone ou Le renard », pièce de
Ben Jonson que le rusé Mr Fox (en français, Fox est un renard comme le sous-titre de la pièce) se fait jouer pour lui seul au début du film et dans le même temps adaptation du roman de
Thomas Sterling, « Le tricheur de Venise »,
Guêpier pour trois abeilles s'avère tout de même moins brillant que le tout dernier film de
Joseph L. Mankiewicz,
Le Limier mais il demeure, outre son efficacité scénaristique évidente, intéressant à plusieurs titres. En effet, il réunit la marque du cinéaste (rebondissements incessants, brouillages des pistes, dialogues incisifs admirablement écrits) et plusieurs des thématiques chères à l'auteur (réflexion sur la fuite du temps, recherche de la vérité derrière les apparences trompeuses des personnages, les rapports de classe entre les maitres et leur serviteur).
Echec critique et public injuste lors de sa sortie, le film de
Mankiewicz traduit l'état du réalisateur qui se trouvait alors le « cul entre deux chaises » coincé entre un cinéma américain passéiste, la recrudescence des téléfilms à la production moins couteuse et l'arrivée des œuvres contestataires et influencées par la Nouvelle Vague française.
Redécouvert il y a quelques années grâce à une ressortie en salles tardive,
Guêpier pour trois abeilles garde les préoccupations des œuvres antérieures du cinéaste tout en annonçant son futur chef-d'œuvre cité précédemment. Plus de quarante ans après sa sortie en 1967, ses nombreuses qualités (dont le jeu impeccable des acteurs) sont indéniables et le jeu de massacre plus que jamais jouissif.
Bien que l'image qui nous est proposée ici ne soit pas impeccable (certains plans s'y révèlent granuleux), le format est respecté (1.85 compatible 4/3) et il est bon de noter que c'est la toute première édition DVD en France. Le son mono est lui aussi respecté avec au choix, une piste française ou une piste originale sous-titrée qui fera la joie des cinéphiles.
Du point de vue des bonus, Wild Side préfère la qualité à la quantité et nous propose :
-une présentation du film intitulée « Guêpier pour trois abeilles : miel amer » (26 minutes) dans lequel deux spécialistes de
Mankiewicz,
Patrick Brion et
Pascal Mérigeau, parlent, entre autres, de la situation délicate du cinéaste au début du film (
Mankiewicz sortait de l'expérience traumatisante de son pourtant excellent
Cléopâtre), des problèmes survenus lors du tournage, des coupures effectuées par les producteurs et distributeurs et de l'aigreur du cinéaste qui, comme le protagoniste de
Guêpier pour trois abeilles, vivait reclus dans la passé en détestant la modernité.
-une galerie de vingt photos.
-une filmographie plus que sélective du cinéaste (et pour cause, on ne cite que deux de ses films !!!).
Prix public conseillé : 14,99 euros.
Vous pouvez voir les captures d'écran du DVD ci-dessous