Plutôt que
Public Enemies, le dernier
Michael Mann aurait dû préférer un autre titre, parce que son récit s'axe essentiellement sur la figure du gangster John Dillinger et non sur son opposition avec l'agent du FBI Melvin Purvis, à l'image des deux personnages principaux de
Heat auquel le film voudrait (volontairement ?) coller mais de manière artificielle. Alors que la volonté de son réalisateur de s'attacher scrupuleusement à la réalité des faits ne s'est jamais fait autant sentir dans sa filmographie (les nombreux documents de cette édition sont là pour prouver avec quel soucis du détail la production s'est acharnée à reconstituer de manière sensitive la réalité des années 30), au cours des premières versions du script celui-ci a dû se confronter à différents problème de narration. De ce fait, Mann s'est vu obligé de recourir partiellement à la fiction pour pallier à son naturalisme jusqu'au bouddhiste, malheureusement en donnant justement l'illusion d'un
Heat du temps de la prohibition : en témoigne la rencontre tout ce qu'il y a de plus fictive entre l'ennemi public n°1 et l'homme désigné pour le traquer. Là où les dix minutes de dialogues entre
Robert De Niro et
Al Pacino consolidaient l'union éphèmère de deux solitudes semblables mais destinées à s'entrechoquer, la séquence de
Public Enemies (positionnée dans la première moitié du métrage) ne fait que provoquer une attente du spectateur qui ne sera jamais comblée, tandis que dans la tête du cinéaste il est tout à fait clair que les personnages interprétés par
Johnny Depp et
Christian Bale ne sont pas sur une même longueur d'onde.
Certes ils partagent une même noblesse d'âme (l'un modèle de loyauté rend son argent à un pauvre paysan, l'autre refuse qu'on maltraite une femme lors d'un interrogatoire musclé) mais pour tout le reste ils diffèrent totalement. Comme le souligne le réalisateur dans son commentaire audio le double légal de Dillinger est plutôt à chercher du côté de Charles Winstead (
Stephen Lang), celui qui l'abattra et sur lequel se conclue pratiquement l'histoire. On comprend donc la déception de beaucoup que le personnage de Melvin Purvis soit délaissé au profit du couple Depp/
Marion Cotillard qui demeure réellement le cœur (battant la chamade) de
Public Enemies. Si Bale ne bénéficie pas de toute l'attention d'un récit monté sur le sentiment d'urgence, il est tout de même dommage d'entendre prétexter que l'acteur opte pour un jeu d'arrière plan. Rien ne saurait être plus faux que cela. Il suffit de s'arrêter quelques secondes sur son regard pour immédiatement pénétrer dans la conscience d'une personnalité perdue dans une mission dont elle sait qu'elle n'a pas les épaules pour la mener jusqu'au bout. Impossible pour lui donc que sa bonne éducation et ses valeurs droites du sud régissant son attitude (cette même attitude rigide qui fut maladroitement prise pour une interprétation froide alors qu'elle n'est que le comportement mimétique d'une personne ayant existée), ne puissent s'accommoder des obligations amorales nécessaires pour abattre l'ennemi public n°1.
Malgré ses défauts constitutifs de cette confusion structurelle et de ce déséquilibre scénaristique l'empêchant d'accéder au statut de chef-d'œuvre,
Public Enemies reste un grand un film de gangsters romantique, aux allures de western crépusculaire (comme le
Dillinger de
John Milius) sur le déclin d'une ère postmoderne et de ses mythes dont le braqueur de banque sera l'ultime icône, reflet de son temps et de nul autre. Que dire de la mise en scène de Michal Mann sinon qu'une fois de plus elle magnifie les comédiens surtout dans un écrin haute définition permettant d'apprécier la multitude de détails composant chaque plan filmé en caméra numérique, grâce à une définition précise et une profondeur de champ quasi-ilimitée. La perfection technique mise au service de la perfection esthétique serait-on tenté de rajouter. Dommage que le son se montre un brin inférieur avec une piste DTS-HD Master Audio 5.1 qui étouffe certains dialogues les rendant presque inaudibles pendant que les scènes de fusillades dont le moment de bravoure (l'attaque de Little Bohemia) profite de toute la nuance de mixage appréciée en salle. En plus du commentaire audio et des nombreux modules de la fonction U-Control abondant en images de tournages et en précisions historiques (pour qui maîtrise la langue de Shakespeare, les interventions d'historiens n'étant pas sous-titrée), les featurettes du disque achève de prendre en compte tous les aspects de la production même si leur style informatif sommaire et carré manquent d'exhaustivité sur nombres de détails qu'il aurait été bon de développer.
Sortie le 24 novembre chez
Universal Pictures.
Prix indicatif : 24,99 euros