La sortie du Rêve de Cassandre, nouvelle réalisation de Woody Allen, marque également le retour à l'écran de Colin Farrell. Estampillé ces dernières années comme le bad boy d'Hollywood à tort ou à raison, toujours est il que Colin Farrell a su se faire apprécier des plus grands réalisateurs et devenir en cinq ans une valeur sure du cinéma américain. L'occasion de jeter un œil sur sa carrière.
Comédien émérite pour certains, acteur de seconde zone jouissant d'une belle gueule pour d'autres,
Colin Farrell est loin de faire l'unanimité autour de lui, et traine une image de mauvais garçon eu égard à certaines de ces frasques déballées dans les journaux people. Néanmoins ses détracteurs ne peuvent lui enlever qu'à seulement 31 ans il a déjà tourné sous la houlette des plus grands metteurs en scène Hollywoodiens : en effet,
Michael Mann,
Steven Spielberg,
Oliver Stone,
Woody Allen,
Terrence Malick ou encore
Joel Schumacher ont tous fait de
Colin Farrell leur tête d'affiche lors des sept dernières années. Peu d'acteurs à Hollywood peuvent se targuer d'avoir si tôt réussi à grimper au sommet et se faire apprécier des meilleurs.
Carpe Diem.
Instinctif, sanguin, sensible, blessé, plusieurs adjectifs ont été donnés par la presse pour tenter de qualifier la personnalité haute en couleur et sans concession de l'Irlandais. Au jour d'aujourd'hui, ce qu'il ressort de l'individu est que
Colin Farrell est avant tout un passionné.
Passionné par la comédie, le cinéma, mais surtout passionné par la vie comme en témoigne son avant-bras gauche qui porte le tatouage « Carpe Diem ». Pour lui la vie est un cadeau, il faut en profiter, goûter tous les plaisirs qu'elle peut offrir, même si certains excès peuvent être néfastes. Ce que l'on peut qualifier de rage de vivre est peut être ce qui en fait un personnage si singulier dans le microcosme hollywoodien actuel. En effet, très lucide sur le monde dans lequel il évolue, il ne connaît pas ou peu la langue de bois, les sujets tabou n'existent pas avec lui et c'est peut être cette authenticité qui a séduit pas mal de grands réalisateurs.
Quelques unes de ces citations :
- « Si je suis devenu acteur, c'est tout simplement par ce que c'est un métier bandant! Et je suis super bien payé.'
- 'J'ai 28 ans et je suis dans des films, alors bien sûr je vais trouver ça plus facile de rencontrer des femmes que d'autres mecs. Ce n'est pas nécessairement mon charme.'
- 'On m'a payé 2,5 millions pour jouer dans
Daredevil et 4 pour
Phone Game je me demande souvent pourquoi on me donne tout cet argent... Mais je ne pose pas de questions et j'encaisse.'
Des débuts rapides.
Ce goût pour la vie, cette volonté de profiter à tout prix, semble se manifester dès son plus jeune âge puisque le jeune Colin James Farrell naît prématurément, le 31 mai 1976 à Castlenock en Irlande. Après une adolescence quelque peu mouvementée où il cultive déjà sa réputation de Bad Boy en jouant au foot à quelques kilomètres de Dublin, le jeune homme doit choisir entre ces deux passions : devenir footballeur professionnel comme son père ou bien se consacrer pleinement à la comédie qu'il a découverte aux côtés de sa sœur cadette. Le jeune homme optera finalement pour la seconde option et intègre alors l'école d'art dramatique de Dublin. A cette époque-là il supporte encore mal l'autorité à laquelle il doit se soumettre durant son cursus et abandonne avant d'arriver au terme de sa formation. Durant la période où il était apprenti acteur à Dublin il aura tout de même pu tenir un rôle dans deux séries diffusées sur la BBC,
Balykissangel et
Falling for a dancer. Bien qu'ayant abandonné l'école d'art dramatique,
Colin Farrell décroche le rôle d'un adolescent autiste dans la pièce de théâtre
In a Little World of Our Own. Lors d'une des représentations de la pièce, il a un public de choix en la personne
Kevin Spacey. Impressionné par sa performance, celui-ci recommande chaudement le jeune irlandais pour jouer à ses côtés dans
Ordinary Decent Criminal. A 23 ans il décroche le rôle d'Alec, un complice de
Kevin Spacey. Sans faire de vague le film sort au printemps 2000, mais c'est surtout la performance de
Kevin Spacey qui est saluée. Peu importe :
Colin Farrell a mis un pied dans le monde du septième art et ne vas plus en sortir désormais. La même année on a pu le voir dans un second rôle sous la direction de
Tim Roth avec
The War Zone, un sombre drame familial.
The War Zone ne rassemble pas les foules, mais la presse apprécie la première réalisation de
Tim Roth et salue la façon dont il a su diriger ses acteurs.
Après ces rôles mineurs dans des productions britanniques, Hollywood ouvre ses portes au comédien. Le jeune homme se voit offrir le premier rôle dans deux productions aux fortunes diverses. Là ou certains acteurs et pas des moindres attendent la trentaine pour percer tels
Clive Owen ou
Brad Pitt pour ne citer qu'eux, lui décroche la timbale alors qu'il n'a même pas 25 ans. En 2001 on le voit dans
American Outlaws, film revisitant le mythe de
Jesse James. Produit à destination des adolescents américains à mille lieux du récent métrage avec
Brad Pitt, le film fait tout simplement un flop. Par ailleurs,
Colin Farrell ne parvient pas à tirer son épingle du jeu, ni à donner à légende de l'ouest la dimension qu'il est censé avoir. Peu importe, au printemps 2001 le talent de l'Irlandais va éclater au grand jour dans
Tigerland, première collaboration avec celui qui va devenir son mentor,
Joel Schumacher. Ce dernier, dont la carrière était sur la pente raide avec les échecs des troisième et quatrième opus de la saga
Batman, livre là ce qui est aujourd'hui considéré par beaucoup comme la meilleure œuvre de sa carrière.
Tigerland suit au début des années 70 l'entrainement de jeunes recrues américaines qui s'apprêtent à partir pour la guerre du Vietnam. Loin du film de guerre classique que ce soit dans la forme ou dans le fond,
Tigerland, tourné avec un budget minuscule et en seulement 28 jours reçoit les éloges de la critique partout où il passe. Dans ce métrage, l'ennemi, avant de se matérialiser par sa forme humaine est décrit comme étant la guerre elle-même. Même si le tout est basé sur un scénario somme toute assez classique que ce soit dans le cheminement de l'intrigue et dans l'évolution des personnages, la mise en scène de Schumacher proche du documentaire, appuyée par le jeu sans faute de ses comédiens pour la plupart inconnus du grand public, transcende le tout et parvient à hisser le film à un niveau supérieur. En dehors de ce constat, il faut souligner la performance de
Colin Farrell dans le rôle du soldat Bozz, recrue anticonformiste s'opposant à ses supérieurs et dénonçant par ses actes et ses paroles l'inutilité de la guerre. Si de prime abord cela ressemble à un rôle déjà vu de soldat rebelle mais doué rentrant peu à peu dans le rang, force est de constater que Farrell, en dehors d'un charisme indéniable à l'écran, livre une composition tout en nuances apportant une profondeur inattendue au personnage. Pour ce film il se voit décerner en 2001 la récompense du meilleur acteur par l'association des critiques de cinéma de Boston, et les critiques londoniens lui décernent le titre de meilleur espoir britannique de l'année. Désormais les pontes du cinéma américain le connaissent, l'apprécient, et une période faste va débuter pour lui.
2002, l'année de la confirmation
L'après
Tigerland va se traduire par la confirmation du statut de star montante du cinéma U.S pour le jeune acteur Irlandais. Son prochain projet, intitulé
Mission Evasion, ne l'éloigne pas trop du genre qui l'a révélé puisque l'intrigue se déroule durant la seconde guerre mondiale dans un camp de prisonniers américains. Il y incarne Tommy Hart, jeune lieutenant et diplômé en droit fraichement capturé par les Allemands, envoyé en détention au Stalag Luft 13 dirigé par le tyrannique major Wilhelm Visser. Il y rencontre le Colonel McNamara qui n'est autre que l'officier le plus haut gradé parmi les détenus et par conséquent considéré comme leur chef. Si au départ Hart admire le personnage, il va très vite déchanter lorsque McNamara demande au Major Visser de traduire un officier noir innocent en cours martiale pour meurtre. Hart est assigné à la défense de l'accusé dans un procès qu'il croit joué d'avance, mais il ignore que McNamara a un projet bien plus important qui consiste à utiliser cette affaire pour couvrir une évasion à Grande Echelle du camp. Sorti en février 2002 dans les salles obscures de l'oncle Sam, le film est descendu par la critique qui met en avant un message trop patriotique et un manichéisme pesant chez certains personnages. Malgré la présence de
Bruce Willis le public boude également
Mission Evasion qui, produit à hauteur de 70 millions de dollars, est loin de rentrer de ses frais. C'est la première fois que
Colin Farrell partageait le haut de l'affiche avec une grande star hollywoodienne pour un résultat franchement décevant. Certains observateurs mettront tout de même en avant que le jeune premier est beaucoup plus convaincant que
Bruce Willis, que l'on trouve monolithique et loin de son rendement habituel.
Cette présence à l'écran, on la retrouve dans son autre film sortit en 2002,
Minority Report. Film à très gros budget, adaptation d'une oeuvre phare de la science-fiction, mis en scène par
Steven Spielberg et se retrouvant face à la superstar américaine
Tom Cruise, autant dire que
Colin Farrell était attendu au tournant. Il relève le défi avec brio en incarnant un personnage s'opposant parfaitement à celui de
Tom Cruise. Là où ce dernier incarne John Anderton, un flic de terrain expérimenté et instinctif,
Farrell est sa parfaite antithèse, un jeune loup ambitieux qui applique les règlements et procédures à la lettre. Autant dire que lorsque les deux se donnent la réplique à l'écran la tension est palpable et l'Irlandais parvient rapidement à donner une ambiguité à son personnage qui semble osciller entre le bien et le mal.
Minority Report est un des plus gros succès commerciaux en 2002 avec plus de 130 millions de dollars aux Etats-Unis et 360 millions à travers le monde. Les critiques aussi saluent le travail de Spielberg ainsi que la qualité des seconds rôles entourant
Tom Cruise. Ils dénotent néanmoins quelques pointes de regrets concernant l'ensemble qui pour beaucoup avait le potentiel pour être le chef d'œuvre de science-fiction tant attendu de
Steven Spielberg à destination d'un public adulte.
Les grosses productions se l'arrachent.
Après l'énorme succès de
Minority Report l'acteur irlandais va être très demandé et va enchaîner les tournages à une cadence infernale. En 2003 on le retrouvera au générique de pas moins de 4 grosses productions américaines qui connaîtront des fortunes diverses. En janvier 2003, sort
La Recrue, thriller d'espionnage classique réalisé par
Roger Donaldson, qui a défaut d'offrir un rôle inoubliable à
Colin Farrell lui permet de côtoyer son idole de toujours, celui qui lui a donné envie d'être acteur :
Al Pacino. Ce film suit la relation maître-élève entre un jeune agent de la CIA et le vétéran qui l'a recruté. Ce film peut être assimilé comme le passage de témoin entre les carrières des deux hommes. Sans atteindre à ce jour le niveau de Pacino,
Colin Farrell a enchaîné les projets d'envergure, tandis que le comédien d'origine italienne n'a depuis pas fait beaucoup parler de lui mis à part récemment dans
Ocean's 13. Le film à sa sortie récolte plus de 100 millions de dollars de recettes et est à classer dans les divertissements honnêtes. Et c'est pour
Colin Farrell la reconnaissance ultime lorsque lors de la promotion du film
Al Pacino déclare que le jeune irlandais est « l'acteur le plus doué de sa génération ».
En février 2003, il fait son entrée dans le monde des super héros Marvel avec le film
Daredevil. Un temps considéré pour le rôle titre, c'est finalement
Ben Affleck qui enfilera la tunique de cuir rouge. Farrell sera quant à lui Bullseye, un des méchants du film. Au final, le choix s'avère judicieux pour le comédien, car pour son premier vrai rôle de méchant, il est le seul acteur à sortir son épingle du jeu entre un
Ben Affleck qui ne croît pas à ce qu'il fait, une
Jennifer Garner qui ne se défait pas de son rôle de belle plante de service et un réalisateur qui multiplie les mauvais choix de mise en scène.
Colin Farrell s'exprime pour la première fois avec son accent irlandais, et cabotine comme jamais pour incarner un personnage des plus dérangés, apportant une note de fantasque à l'ensemble qui est vraiment très plat. Bien que
Daredevil soit une des adaptations de Comic Book la moins réussie, il n'est pas moins rentable avec plus de 100 millions de dollars au Box office U.S.
Pour se rattraper du ratage artistique que fut
Daredevil,
Colin Farrell va se remettre en selle dans
Phone Game qui marque sa seconde collaboration avec
Joel Schumacher. Leur association fait à nouveau mouche dans ce thriller en temps réel. La particularité du film est qu'il se passe dans un décor unique, une cabine téléphonique dans laquelle le personnage de
Colin Farrell est coincé, ne pouvant sortir sous peine d'être abattu par un sniper posté dans un des immeubles voisins. La critique salue la mise en scène de Schumacher qui parvient à mettre en place un huis-clos oppressant autour de la prestation solide de
Colin Farrell. En effet, l'acteur est quasiment le seul personnage du film en dépit de seconds rôles de renom (
Forest Whitaker,
Kiefer Sutherland ou encore
Radha Mitchell) et tient l'ensemble sur ses épaules. Tourné en un temps record de 12 jours, avec un budget ne dépassant pas les 10 millions de dollars, le film se classe à la première place du box-office américain à sa sortie dans les salles en avril 2003. En fin de carrière
Phone Game en aura rapporté près de 100 millions à travers le monde.
L'année n'est pas finie pour
Colin Farrell, puisqu'en août 2003, les Américains le retrouvent aux côtés de
Samuel L. Jackson à l'affiche du blockbuster
S.W.A.T unité d'élite. Inspiré d'une série à succès des années 70, le métrage suit les aventures d'une des équipes d'intervention de la police de Los Angeles. Produit hollywoodien par excellence, le film repose exclusivement sur l'action, et n'échappe pas aux clichés du genre mais se pose comme un divertissement honnête.
Colin Farrell y est Jim Street, l'un des meilleurs éléments du SWAT, qui se retrouve sur la touche après la bavure d'un de ses équipiers. Lorsqu'il se voit offrir la chance de réintégrer le service actif il la saisit, mais va bientôt se retrouver face à une mission qui va faire ressurgir les fantômes du passé. Farrell ne parvient pas à se défaire de son personnage caricatural, mais le succès commercial de S.W.A.T unité d'élite (plus de 200 millions de dollars à travers le monde) lui assure une belle crédibilité auprès des studios qui le considèrent désormais comme une valeur sûre d'Hollywood.
La dernière apparition de l'acteur irlandais en 2003 a lieu en octobre dans
Veronica Guerin, le nouveau film de
Joel Schumacher. Pour leur troisième association, dire que
Colin Farrell ne joue pas le premier rôle est un euphémisme. Ce dernier est dévolu à une
Cate Blanchett magnifique dans la peau de
Veronica Guerin, une journaliste irlandaise assassinée en 1996 alors qu'elle tentait de faire éclater au grand jour la vérité sur les trafics de drogue qui avaient lieu à Dublin.
Colin Farrell n'y fait qu'une simple apparition clin d'œil, affublé d'un look proche de celui qui était le sien dans
Daredevil, les tournages des deux films ayant eu lieu à la même période.
Un changement d'orientation
Habitué jusqu'à maintenant aux grosses productions qui le firent connaître du grand public,
Colin Farrell décide en 2004 de tourner dans deux film à petit budget qui n'ont pas connu de sortie dans les salles de cinéma françaises. En mars 2004 sort
Intermission, polar irlandais qui permet au comédien de retrouver sa terre natale et de donner la réplique à une autre étoile montante du cinéma, son compatriote
Cillian Murphy. Construit comme un film choral,
Intermission suit les traces de Lehill, interprété avec conviction par
Colin Farrell, un malfrat qui met sur pied un dernier coup avant de raccrocher. Mais c'est sans compter sur Jerry Lynch, un hargneux détective décidé à faire régner l'ordre à Dublin.
Intermission remporte la récompense du meilleur film aux IFTA Awards (l'équivalent des Oscars en Irlande). Néanmoins, malgré la reconnaissance critique, le film peine à trouver son public au niveau international.
On le retrouve en juillet de la même année dans
La Maison au bout du monde, un film américain indépendant lui aussi resté inédit en France. Le métrage suit l'histoire de Jonathan et Bobby, deux amis d'enfance qui une fois adultes se retrouvent à New-York et se rendent compte que leur histoire va au-delà de la simple amitié. Le contre-emploi est parfait pour
Colin Farrell qui en dehors des plateaux jouit d'une réputation de séducteur invétéré et se voit pour les besoins du film incarner un personnage qui découvre son homosexualité. Faisant preuve à l'écran d'une belle sensibilité, il laisse entrevoir une facette de son jeu que l'on n'avait qu'entraperçu lors de ses précédentes apparitions. Le film bénéficie d'une belle prestation de ses acteurs salués par la critique mais le succès est loin d'être au rendez vous, les spectateurs ne se précipitant pas dans les salles pour voir l'œuvre.
La Maison au bout du monde ne rapporte qu'1,5 millions de dollars alors qu'il en a coûté 4 fois plus.
Fin 2004, on retrouve l'acteur irlandais dans la sitcom à succès
Scrubs. Bon copain avec
Zach Braff, le héros de la série,
Colin Farrell joue les guest-star dans l'épisode 14 de la quatrième saison. Il est Billy Callahan, un patient qui a été blessé au cours d'une bagarre dans un bar et qui va donner une leçon à Turk et J.D. sur la façon de profiter de chaque instant de la vie. Le comédien y fait preuve d'un humour qu'on avait jamais pu percevoir jusque là, principalement dû au type de film dans lequel il apparaissait et qui ne laissait pas vraiment de place au comique.
L'occasion manquée
Alors qu'il était rattaché au projet
The Jacket dont il doit tenir le premier rôle,
Oliver Stone, après avoir envisagé
Tom Cruise,
Russell Crowe et
Heath Ledger, le contacte pour être la tête d'affiche de son biopic sur
Alexandre le Grand. Profiter d'un budget de 150 millions de dollars, incarner une légende de l'antiquité, tourner sous les ordres d'un grand réalisateur, l'occasion ne se refuse tout simplement pas.
Adrien Brody prend le relais dans
The Jacket, et Farrell peut se consacrer à ce qui se profile comme le rôle de sa vie. Pourtant lorsque le film sort fin novembre 2004 aux Etats-Unis les critiques fusent.
Oliver Stone, qui a pris le parti d'axer son film autour de la personnalité du souverain en dérouta plus d'un. Beaucoup s'attendaient à un péplum comme Hollywood avait eu l'habitude d'en produire depuis
Gladiator ou
Troie, où les batailles prennent une part importante faisant avant tout la part belle au spectacle. Ceux-là seront déçus, puisque sur les 3 heures que dure le métrage on n'a droit en tout et pour tout qu'à deux affrontements dont un à la fin du film où l'armée d'
Alexandre doit affronter une autre s'appuyant sur des éléphants. Toute l'épopée guerrière du jeune souverain est marquée par une ellipse, l'essentiel étant consacré à l'analyse de la personnalité plus que complexe d'
Alexandre, paranoïaque, mégalomane, avec la relation conflictuelle avec son père, ambiguë avec sa mère, amoureuse avec son meilleur ami. La volonté de retranscrire tout cela à l'écran de même que la manière dont est contée l'histoire en a dérouté plus d'un. Outre-Atlantique
Alexandre est descendu en flamme, le public boude et chacun en prend pour son grade aux Razzie Awards qui récompensent les plus mauvais films de l'année avec
Colin Farrell nominé dans la catégorie pire acteur,
Angelina Jolie comme pire actrice,
Oliver Stone dans la catégorie réalisateur et
Val Kilmer chez les second-rôles. Pourtant dans le reste du monde, et particulièrement en Europe le film est bien accueilli, on salue la mise en scène de Stone et un
Colin Farrell il est vrai littéralement animé par le rôle d'
Alexandre qui se dirige crescendo vers la folie et qui se déploie tel un lion devant la caméra pour nous faire partager les rêves de grandeur et de gloire de ce roi qui à 31 ans régnait sur le plus grand empire jamais constitué. Le film rapporte en dehors des USA plus de 130 millions de dollars pour un total atteignant les 167 toutes recettes cumulés. Typiquement le genre de rôle qui aurait pu lui valoir une nomination aux Oscars, le parti pris osé d'
Oliver Stone de livrer un péplum anticonformiste aura entraîné leur chute aux yeux des critiques américains.
2 films avec 2 génies du septième art.
Entre la fin 2005 et l'été 2006
Colin Farrell se retrouve à l'affiche de trois films, dont deux projets qui sont l'œuvre de deux des plus grands metteurs en scène du cinéma contemporain. Il faut donc attendre près d'un an après la sortie d'
Alexandre pour pouvoir contempler le nouveau film de
Colin Farrell. En effet, il s'agît bien de contemplation dans
Le Nouveau Monde qui marque également le retour aux affaires de
Terrence Malick. Sept ans après
La Ligne rouge il nous livre sa version du mythe de Pocahontas, véritable ode à la nature bercée dans des paysages d'une beauté insoupçonnée et où les non dits valent plus que de longs discours. Un temps pressentit avec
Josh Hartnett et
Billy Crudupp pour faire partie du casting du
Secret de Brokeback Mountain,
Colin Farrell a bien fait d'accepter la proposition du réalisateur le plus rare du cinéma américain qui lui offre l'un des plus beaux rôles de sa carrière. En effet, il est parfait en John Smith à la fois rugueux et touchant, proche et distant, offrant une composition toute en nuance où l'essentiel des émotions passe à travers le regard et les expressions du visage.
Terrence Malick montre quant à lui sa capacité à enchaîner les films marquants et prouve que la direction des acteurs reste un de ses points forts, notamment quand il confie le rôle de Pocahontas à une illustre inconnue qui s'en sort haut la main pour sa première incursion dans un long métrage. Le film est acclamé partout où il passe, mais curieusement il se positionne comme l'un des grands oubliés des oscars 2006 où il ne récolte qu'une nomination dans une catégorie mineure.
En mars 2006 sort
Demande à la poussière, adaptation du roman à succès homonyme de John Fante. Produit par
Tom Cruise, le film suit l'histoire d'amour impossible entre Arturo Baldini, jeune immigrant italien qui rêve de devenir un grand écrivain et Camilla Lopez, une mexicaine sur le point d'épouser un riche américain.
Colin Farrell et
Salma Hayek prêtent leurs traits aux deux amants, mais malgré leur présence au casting le film fait un flop retentissant : à peine 800 000 dollars de recettes, et le résultat manque de piquant et dynamisme.
Colin Farrell n'est pas à son top, tout comme
Salma Hayek qui reste cantonnée dans son registre de belle hispanique incisive.
Demande à la poussière restera une œuvre mineure dans la carrière de l'Irlandais.
Enfin à l'été 2006, sort l'un des films les plus attendus de l'année :
Miami Vice - Deux Flics à Miami, adaptation de la célèbre série des années 80 du même nom. Série culte qui influença la mode de son époque, la version cinéma est d'autant plus scrutée par la presse spécialisé et le public que c'est
Michael Mann, le créateur même de la série, qui en assure la réalisation. Depuis son passage à la télé
Michael Mann est devenu un grand réalisateur, passé maître dans le registre du polar urbain que ce soit en 1995 avec le monumental
Heat, référence absolue du genre, ou en 2004 avec le nocturne
Collateral. Lorsqu'il décide de lancer la version ciné de la série qu'il a imaginée, il confie le rôle du charismatique Sonny Crockett à
Colin Farrell qui succède ainsi à
Don Johnson qui l'incarnait dans la version télévisée.
Jamie Foxx, fidèle parmi les fidèles de
Michael Mann, sera quant à lui Ricardo Tubbs. Lorsque le film sort, on a droit un polar immersif, fiévreux, entièrement tourné en HD donnant une qualité sidérante à l'image notamment dans les plans tournés de nuit. A milles lieux de l'ambiance de la série d'origine qui misait sur les couleurs clinquantes et le glamour de la ville de Miami,
Miami Vice - Deux Flics à Miami est résolument sombre et réaliste, filmé par moment dans un style quasi documentaire caméra à l'épaule. Esthétiquement parlant le film est une réussite, et bien que le scénario soit des plus classiques on est pris du début à la fin grâce à la mise en scène virtuose de
Mann. Les personnages sont quant à eux moins fouillés que dans
Heat, qui dure aussi 40 minutes de plus, mais
Colin Farrell incarne à merveille un Sonny Crockett tiraillé entre sa mission, la femme qu'il aime et la loyauté envers son équipier. Sans conteste le meilleur blockbuster dans lequel il ait tourné jusqu'à maintenant. Si les critiques saluent la qualité du film le public quant à lui est moins nombreux que prévu, ce qui est sans doute dû au fait que
Miami Vice - Deux Flics à Miami était interdit aux moins de 17 ans non accompagnés d'un adulte aux USA. A l'international on atteint tout de même les 170 millions permettant de dépasser le seuil de rentabilité.
Son avenir
Son avenir commence dès cette semaine, où on le retrouve dans
Le Rêve de Cassandre, nouveau film de
Woody Allen où il partage la vedette avec l'Ecossais
Ewan McGregor. Présenté à Venise et à Toronto lors des festivals qui s'y tenaient, les observateurs ont déjà salué la performance de l'acteur irlandais dans le rôle d'un homme rongé par la culpabilité qui peu à peu s'éloigne de son frère avec lequel il s'est rendu complice d'un meurtre.
En 2008 on le retrouvera à l'affiche de deux films. Le premier est un polar où il fait équipe avec
Edward Norton intitulé
Pride and Glory. L'histoire se situe à New York où un flic enquête sur une sombre affaire d'officiers de police corrompus dans laquelle tremperait son frère et peut-être même son meilleur ami incarné par
Colin Farrell. Le second se nomme
In Bruges, et comme son titre l'indique l'action a lieu à Bruges où deux tueurs à gages se cachent depuis que leur dernier contrat a mal tourné et vont devoir se fondre dans la population locale le temps de se faire oublier. Cette fois-ci il a pour partenaire
Brendan Gleeson et
Ralph Fiennes.
Colin Farrell est à l'heure actuelle rattaché à deux autres projets :
Dirt Music et
Tree of Life.
Dirt Music est l'adaptation d'un best seller du même nom écrit par l'australien
Tim Winton. On y suivrait une histoire d'amour se déroulant dans le nord de l'Australie entre une jeune femme luttant contre l'isolement et la solitude dont la passion pour la vie est rallumée par un mystérieux individu (
Colin Farrell). Le rôle de la jeune femme est pour l'instant dévolu à
Rachel Weisz. Enfin,
Tree of Life serait le prochain opus de Terrence Mallick. Comme toujours le metteur en scène se fait rare mais discret donc il existe très peu d'information à ce sujet si ce n'est que
Tree of Life s'apparente à une métaphore sur la naissance de la Terre et de l'Humanité, qui établirait une connexion entre la Préhistoire et le Moyen-Orient durant la Première Guerre mondiale. Le budget s'annonce colossal, de l'ordre de 145 millions de dollars, apportés par des investisseurs indiens.
Colin Farrell et
Mel Gibson y tiendraient les rôles principaux.
En l'espace de cinq ans, l'acteur irlandais s'est fait une solide place à Hollywood, lorsqu'on jette un regard en arrière sur sa carrière, on se rend compte qu'il a su diversifier au bon moment ses choix de films lorsqu'il aurait pu se laisser tenter de ne se consacrer qu'aux grosses productions hollywoodiennes. Si la personnalité de Colin Farrell est loin de faire l'unanimité, on ne peut négliger le fait qu'il dispose d'un charisme et d'une présence à l'écran qui fait qu'il ne passe pas inaperçu. L'acteur semblant s'être depuis quelque temps assagit et avoir acquis plus de maturité, son talent de comédien va pouvoir continuer à s'exprimer tout comme son franc-parler.